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Cinq questions à Antipas Mbusa Nyamwisi (*)

Écrit par La libre Afrique , publié mercredi 16 aout 2017 le . Publié dans 5 Questions à...

1.Selon vous, le président Kabila organisera-t-il les élections présidentielles ?

Ma première réponse est non. S’il le fait, ce ne peut être que dans deux cas très précis. Le premier, il parvient à modifier la constitution et il peut être candidat. Le second, il trouve enfin un candidat dans lequel il peut avoir confiance, donc dans son cercle familial…Démocratiquement ? Jamais ! Mais en contrôlant tous les rouages de la machine électorale, il peut passer ou faire passer quelqu’un même avec 5% des voix. Il ne faut pas se leurrer, ce Monsieur ne pourra plus jamais remporter un scrutin chez nous. Celui qui se présentera sous son étiquette non plus. Mais le pouvoir a l’argent et contrôle la Ceni (commission électorale nationale  indépendante), donc il peut tout envisager. En 2011, il n’a pas gagné le scrutin et pourtant…

2. Vous avez toujours de bonnes relations avec le Rwanda et l’Ouganda, comme du temps ou vous étiez en rébellion contre Laurent-Désiré Kabila ?

Disons que j’ai un bon carnet d’adresses et que j’ai pu le ranimer après être resté un certain temps en retrait et pas seulement avec les pays que vous mentionnez. C’est plus large, mais c’est à l’est, ça c’est vrai….Le temps à fait son œuvre. Les présidents  de cette région ont des yeux et des oreilles comme vous et moi. Ils constatent que la RDC est devenue une poudrière. Une déflagration chez nous pourrait avoir des conséquences terribles chez eux. Certains voudraient du sang neuf. D’autres veulent jouer un rôle positif pour l’avenir de notre pays. Ce n’est pas de l’angélisme, ils jouent aussi leur avenir dans ce dossier.

3.Vous êtes aujourd’hui membre du Rassemblement de l’opposition au sein de l’AR. Comment expliquez-vous les difficultés de l’opposition pour mobiliser le peuple ?

C’est compliqué parce que certains leaders sont à l’extérieur et ne peuvent rentrer. C’est compliqué aussi parce que nous avons joué le jeu du dialogue jusqu’au bout pour éviter le pire et certains n’ont pas compris. En dépassant le cap du 19 décembre 2016 (date de la fin du second mandat du président Kabila, NdlR), l’accord de la Cenco a calmé les ardeurs de la population. Mais, si tout le monde avait respecté les règles établies c’était la moins mauvaise solution. On accordait au président Kabila un an pour partir et organiser les élections. Un an, ce n’est pas la fin du monde. Mais il a craché sur cet accord.

4. Mais vous rencontrez quand même des difficultés pour mobiliser…

Les dernières mobilisations étaient bonnes et il faut continuer à s’unir contre ce pouvoir. C’est difficile aussi parce que vous avez un pouvoir qui a tout l’argent qu’il veut pour tenter de débaucher ses adversaires et organiser le désordre. Lui et sa clique sont notamment derrière les conflits entre pygmées et bantous. Les massacres de Beni, j’ai été le premier à dire que c’était lui. C’était très dangereux d’oser dire ça. J’ai été accusé, on m’a menacé, mais j’avais raison. Ce qui se passe aux Kasaïs, les attaques contre les prisons, les descentes sur Kinshasa, tout ça c’est le pouvoir qui est derrière… Face à ces événements, il n’y a qu’une solution, la constitution d’une unité la plus large possible. J’avais déjà tenté une alliance avec Tshisekedi en 2011. Kengo était d’ailleurs partant. Mais ça n’a malheureusement pas abouti.

5. Vous pensez que ce genre de scénario a plus de chances de réussir aujourd’hui ?

Les temps ont changé. Le Rassemblement tient bon. Ceux qui devaient partir sont partis. Aujourd’hui, il faut qu’on parvienne à se serrer les coudes. Il faut mettre de côté nos divergences pour penser à l’avenir du peuple congolais. C’est un désastre complet au pays. On ne peut plus l’accepter et le peuple va nous pousser dans le dos. La tension est palpable à Kinshasa mais il y a bien d’autres endroits où ça bouillonne. Tous les Congolais qui peuvent voyager un peu constatent ainsi que dès qu’ils entrent en Ouganda, au Rwanda, au Zimbabwe ou en Angola, pour ne citer que ceux-là, il y a de l’eau, de l’électricité, des routes,… Chez nous, c’est le désert total alors que nous sommes potentiellement les plus riches. Où est passée cette richesse ? Dans les poches de Kabila. Regardez tous les dossiers qui sortent et qui l’accablent lui et ses proches. Ce sont des centaines de millions de dollars qui ont été détournés à des fins personnelles.  Kabila est devenu un cas pathologique à cause de cette montagne d’argent. Les Congolais, eux, sont fatigués de cette situation. Ils ne le supporteront plus longtemps.

 

(*) Ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement Gizenga, en 2007 et président du RCD-KML

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Cinq questions à Lambert Mende (*)

Écrit par Tirées de RFI le . Publié dans 5 Questions à...

1. Plus de 40 fosses communes, des vidéos de meurtres à bout portant, comment réagissez-vous aux multiples témoignages sur les violences criminelles commises par les forces de sécurité dans le Grand Kasaï depuis dix mois ?

Vous allez un peu vite en besogne,  commises par les forces de sécurité, je n’ai pas encore vu un jugement qui désigne un responsable de ces meurtres. Nous attendons avec impatience les résultats des enquêtes judiciaires et des procédures qui sont en pleine session. Je pense qu’il n’y a que des juges qui peuvent désigner les coupables de ces atrocités que nous déplorons tous.

2. Mais, dans ces atrocités que vous dénoncez vous aussi, on voit bien que l’armée tire à balles réelles sur des miliciens qui, pour la plupart, sont désarmés ?

C’est encore vous qui le dites, je ne sais pas d’où vous avez ces sources. Nous attendons que la justice militaire nous dise qui a tiré sur qui pour pouvoir déterminer la culpabilité des uns et des autres. En fait, il faut être patient et arrêter de faire de la politique avec la justice. Je ne sais pas si les questions dont nous parlons relèvent de manifestations. Nous avons eu des informations sur des groupes terroristes qui ont été constitués au Kasaï Central. Nous avons eu des images atroces sur lesquelles nous cherchons des résultats de la justice. Mais encore une fois, je me demande où monsieur Campbell a eu des informations, et nous lui recommandons vivement de les mettre à la disposition de la justice congolaise. J’ai l’impression qu’il est en train de faire une sorte de juridiction parallèle à nos juridictions qui sont en train de travailler. Nous espérons qu’il ne se venge pas des ennuis qu’il a eus avec notre administration de l’immigration, avec qui il a eu maille à partir lorsqu’il a été éjecté de notre pays, peut-être pour ce type de comportement.

3. Une vidéo de l’un des massacres a été diffusée à Mwanza Lomba en décembre dernier. Un procès vient de s’ouvrir où neuf militaires congolais sont poursuivis. Est-ce à dire que oui des atrocités ont été commises par les forces de sécurité congolaise ?

Mais nous devons attendre que la justice désigne les coupables. Je sais qu’il y a effectivement une procédure qui est en cours devant la Cour supérieure militaire de Mbuji-Mayi et contre des militaires que l’on reconnaît sur cette vidéo de Mwanza Lomba. Ils ont été tous arrêtés, ils ont été déférés devant la justice. Il n’appartient pas à quelqu’un d’autre que la justice de désigner des coupables. Certainement, il y a des militaires qui sont suspects d’atrocités devant la Cour supérieure militaire de Mbuji-Mayi, tout comme il y a des terroristes suspects d’atrocités qui comparaissent devant la Cour militaire supérieure de Kananga.

4. Pourquoi le massacre de Mwanza Lomba est le seul, aujourd’hui, à faire l’objet d’une procédure ?

Vous savez que le temps de la justice, ce n’est pas le temps du politicien, ce n’est pas le temps du journaliste. Pour qu’un dossier puisse être porté devant les cours et tribunaux, il faut absolument que le parquet ait terminé ce qu’on appelle la phase d’instruction pré-juridictionnelle. Je ne vois pas pourquoi il doit en être autrement en République démocratique du Congo, sauf si on veut simplement faire du « Congo bashing ».

5. Et quand le Haut-commissariat des Nations unies pour les droits de l’Homme dit que, vu le nombre de fosses communes qui ont été découvertes, plus de 40 à l’heure actuelle, il faut des enquêtes élargies et approfondies. Est-ce que vous êtes d’accord ?

Mais, nous sommes d’accord d’être soutenus par toutes les bonnes volontés, y compris le Haut-commissariat aux Nations unies pour les droits de l’Homme, mais à condition que cela soit fait conformément à la procédure régie par le droit judiciaire congolais. Et nous attendons que cette enquête, qu’ils appellent une enquête conjointe, soit plutôt un soutien aux efforts de la justice congolaise. Cela en vue d’identifier les responsables de ces atrocités et pour permettre aussi que la sanction puisse passer. Sachez que s’il y a mille fosses communes, il y aura aussi mille procédures et nous n’arrêterons pas de faire des procédures tant que nous n’aurons pas le fin mot sur ces atrocités qui ont déstabilisé sérieusement la partie centrale de notre pays. On peut se poser des questions. Pourquoi des gens qui ont commis des crimes de guerre en 1945 n’ont pas encore définitivement comparu devant des juridictions ? Je vous explique que le temps judiciaire n’est pas le temps du politique. Laissons la justice travailler. Il ne suffit pas de soupçonner quelqu’un pour que l’on puisse tirer les conclusions en ce qui concerne sa culpabilité. Il faut qu’un juge ait prononcé sa culpabilité. Je sais que beaucoup de gens racontent n’importe quoi sur la RDC, mais quelqu’un qui est inculpé, généralement il est en détention préventive. En droit français, la responsabilité collective n’existe ni en droit congolais ni en droit américain. Donc, ne me parlez pas d’unité, parlez-moi d’individus.

 

(*) Ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement

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Cinq questions à Grégoire Kiro (*)

Écrit par Propos recueillis par Amédée Mwarabu le . Publié dans 5 Questions à...

1. Comment se présente la situation sécuritaire actuellement à Beni en particulier et dans le Nord-Kivu en général ?

Il y a une relative accalmie à Beni/Ville dans ce sens que les massacres de masse ont cessé depuis quelques mois. Mais la situation reste relative, car on ne sait pas quand cela peut reprendre. En ce qui concerne le Nord-Kivu, notre province fait face à l’envahissement des populations hutu rwandaises qui sont soi-disant originaires de Masisi et de Rutshuru et qui migrent vers la province de l’Ituri en passant par le grand Nord-Kivu, c’est-à-dire Beni et Lubero. Ces migrations posent un problème parce qu’il ne s’agit pas des Congolais mais des Hutu rwandais. Je dis cela parce que les territoires d’où ils sont censés venir, c’est-à-dire Masisi et Rutshuru, plusieurs enquêtes menées sur place là-bas n’ont pas constaté le moindre dépeuplement massif de ces territoires. Pourtant, ils sont entre 50 000 et 60 000 personnes qui se trouvent présentement en Ituri. On doit mener des enquêtes pour trouver d’où ils sont venus. En plus, de manière générale, ces populations ne parlent pas le Swahili. Ce qui est curieux pour des gens qui habiteraient le Kivu. C’est vraiment anormal.

2. Donc, ces migrations des populations hutu rwandaises vous inquiètent ?

Quand vous mettez en musique tous ces éléments que je viens de citer et vous ajoutez le fait que le Grand Nord-Kivu, Beni et Lubero, ce sont des territoires où on égorge des gens mais eux traversent ces territoires sans être inquiétés. Ils n’ont pas peur. Alors, on se demande si ces populations ne sont pas partie prenante au massacre qui se déroule à Beni. J’ai fait partie d’une commission d’enquête parlementaire fin 2014  à la suite des massacres qu’il y a eu à Beni. Des gens nous ont dit que parmi les assassins, il y avait des gens qui parlaient le kinyarwanda. C’est tout à fait normal que la population se pose des questions sur ces migrants téméraires qui n’ont jamais été attaqués par les ADF, qui parlent Kinyarwanda et qui ne connaissent rien du Nord-Kivu. Un autre élément est que le gouverneur de la province avait, il y a quelque temps, pris une note circulaire interdisant les déplacements dans sa province des populations non identifiées. Le gouverneur n’avait jamais précisé qu’il s’agissait des Hutu. Mais, la classe politique Hutu s’est levée comme un seul homme pour protester contre cette mesure.

3. La Céni a enrôlé environ 4 millions d’électeurs au Nord-Kivu. Ce chiffre a tiqué plus d’une personne. Quel est votre point de vue ?

4 millions d’électeurs, ce n’est pas trop pour le Nord-Kivu, parce que c’est quand même une province peuplée. Là où le bât blesse, c’est quand on constate que dans les territoires de Beni et Lubero le taux d’enrôlement avoisine le 100%, mais à Goma, Rutshuru, Masisi, etc., on arrive de fois à des taux d’enrôlement de 130%. Dans le contexte que je venais de décrire, cela devient suspect d’autant plus qu’il y a des citoyens rwandais qui ont été appréhendés avec des cartes d’électeur de la Ceni. Le gouverneur de province, lors de sa visite dans un camp de réfugiés, il en est sorti avec plus de 400 cartes d’électeur détenues par des réfugiés rwandais. A part cela, pendant les opérations d’enrôlement, il y a eu une quinzaine de Rwandais qui ont été appréhendés à la Grande Barrière de Goma, rentrant chez eux au Rwanda avec des cartes d’électeur. C’est dans ce contexte-là que nous disons que les 4 millions d’électeur, c’est bon mais combien d’étrangers se sont fait enrôler ?

4. Comment voyez-vous le processus électoral dans le Nord-Kivu avec la présence des réfugiés Rwandais ?

Nous n’avons pas d’autre choix que d’organiser les élections. Nous devons organiser les élections en décembre 2017. Malgré les problèmes qui se posent au Nord-Kivu, il y a moyen de recenser tous ces réfugiés et leurs ravir les cartes d’électeur pour qu’ils ne participent pas au vote lors des scrutins. D’une manière générale, l’Etat a failli à sa mission de protéger les frontières du territoire national. Voilà pourquoi il faut qu’il y ait des élections pour que le peuple se choisisse un nouveau leadership à la tête du pays. Cela ne peut pas continuer comme ça.

 

5. En tant que leader de Beni, quel message que adressez-vous à la population du Nord-Kivu ?

Ce que je demande aux populations de Beni et toute la province du Nord-Kivu, c’est de tenir bon. Le problème que nous connaissons reste essentiellement l’envahissement par des populations hutu du Rwanda. Maintenant que même les députés de l’Ituri nous emboitent les pas, nous sommes prêts du but. Bientôt, ces migrations vont cesser et la paix va revenir. Je suis convaincu que la présence massive de ces migrants est aussi un facteur d’insécurité.

(*) Député national élu de Beni-Ville et secrétaire général du RCD-KML

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Cinq questions à Matthieu Kalele (*)

Écrit par Propos recueillis par Médard Muyaya le . Publié dans 5 Questions à...

1. Le Rassemblement accuse Joseph Kabila d’exacerber les tensions au pays. Pourquoi ce procès d’intention ?

 

Il n’y a pas de procès d’intention. Nous avons convenu avec la famille politique de M. Kabila d’un certain nombre de principes qui ont été coulés dans des accords. Ces accords ont été signés de bonne foi par les deux familles politiques le 31 décembre 2016. Les étrangers et nous-mêmes avons constaté que ce qui a été convenu ne correspond plus à ce qui se fait maintenant. Illustration : nous avions convenu que le Rassemblement présentait un Premier-ministre à Joseph Kabila qui le nomme. Nous constaterons qu’après la mort de M. Tshisekedi, on ne parlera plus du Premier ministre, on exige une liste de candidats premier ministre variant entre 10, 7, 5, 3. C’est de l’arbitraire. Il en est de même de la désignation du président du Conseil national de suivi de l’Accord. Ce dernier vient du Rassemblement. D’abord, il est président du Conseil des sages. Mais le constat est que M. Kabila instruit ses hommes y compris ceux qui ne sont pas signataires de l’Accord de la Saint-Sylvestre à siéger et délibérer. Ce, en perspective de la désignation du président du Conseil national de suivi. Ce qui n’est pas de leurs prérogatives. En somme, le jeu qui se joue maintenant met la démocratie en péril. 

 

Si nous revisitons le préambule de notre Constitution, il dit que depuis notre accession à l’indépendance, nous sommes partis de crise en crise ; que la raison fondamentale, c’est le non-respect des règles démocratiques, la non-prise en considération de la volonté du peuple. Aujourd’hui, en refusant d’organiser les élections en 2016, en refusant d’organiser les élections des députés provinciaux, en maintenant indéfiniment le Sénat et en ne respectant pas l’Accord du 31 décembre, M. Kabila veut se maintenir au pouvoir pour une présidence à vie. C’est ce que le Rassemblement lui reproche. Il n’y a pas de procès d’intention, on lui fait simplement remarquer qu’il faut respecter les textes.

 

2. Pensez-vous que les bons offices de la MONUSCO peuvent changer la donne politique ?

 

Non. S’il n’y a pas de volonté politique de la part de M. Kabila de respecter les prescrits de la Constitution et des accords; ces bons offices ne déboucheront sur rien du tout. Ils connaîtront le sort réservé à la CENCO. Ce n’est pas le Rassemblement qui a fait appel aux évêques, c’est Kabila. Et c’est lui qui a instruit sa famille politique de ne pas accepter telle ou telle autre disposition de l’accord.  

 

3. La Majorité présidentielle estime que dans la mission lui confiée, la CENCO est allée au-delà de ses prérogatives. Qu’en dites-vous ?

 

Il faut qu’elle nous précise d’abord quelles étaient ces prérogatives. On a demandé à la CENCO     de réunir les deux familles politiques, de les amener à se mettre d’accord sur un certain nombre de points. C’est ce que la CENCO a fait. Mais, lorsqu’elle constate au finish que la famille présidentielle, sur instruction de son autorité morale, ne veut pas respecter certains termes de cet accord, particulièrement la procédure pour nommer le Premier ministre et désigner le président du Conseil national de suivi ; par le truchement de ses disciples, Kabila monte au créneau et estime qu’on n’a pas à lui dicter ce qu’il doit faire. Qu’on le laisse plutôt nous imposer sa volonté à lui.

 

4. Pourquoi ce jeu de ping-pong dans le rapatriement de la dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi ?

 

Je pense simplement qu’on ne veut pas du côté de la famille présidentielle rendre les honneurs mérités à M. Tshisekdi. On continue à le haïr même après sa mort. Et ce n’est pas un seul cas du genre. Nous avons aussi connu le cas de Mamadou Ndala, dont les funérailles ont été sabotées d’abord,  par le rapatriement du corps nuitamment du Kivu au camp Kokolo d’accès difficile pour la plupart des civils. Ensuite, en faisant coïncider le jour des funérailles avec l’ouverture d’une session dans les deux Chambres du Parlement en vue d’empêcher sénateurs, députés et autres dignitaires de lui rendre des honneurs dignes d’un grand héros, enfin par un enterrement anonyme selon les rites musulmans.  

 

5.  Les opérations d’enrôlement sont différées dans les provinces du Kasaï et du Kasaï Central. Si le calme n’y revenait pas tôt, qu’adviendrait-il ?

 

D’abord, il faut savoir s’il y a volonté d’organiser les élections. Remontons en 2016, pourquoi M. Kabila n’a pas organisé les élections, aussi bien les provinciales dont les cautions étaient déjà payées par les candidats? 

 

 

(*) Professeur à la Faculté des Sciences sociales de l’UNIKIN et président national du Front pour un nouveau type de Congolais  (FNTC)

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Cinq questions à Jean-Claude Vuemba (*) 2

Écrit par Propos recueillis par Pitshou Mulumba le . Publié dans 5 Questions à...

1. Survie de l’Accord de la Saint-Sylvestre, espoir ou désespoir après le discours du chef de l’État devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès ?

Il y a eu un amalgame dans le discours de M. Kabila. Il doit respecter l’Accord de la Saint-Sylvestre qui a facilité le dépassement de son mandat après le 19 décembre 2016. C’est grâce à ce compromis politique qu’il bénéficie de quelques mois devant servir à la préparation des élections prévues au mois de décembre prochain. Reconnaitre le dédoublement du Rassemblement, tel qu’il l’a fait, en consultant d’autres acteurs se réclamant du Rassemblement, puis lancer un appel à ce que nous, le Rassemblement, refassions l’unité, c’est une ingérence. Nous n’avons pas besoin de ses bons offices dès lors que nous reconnaissons en sa majorité la pratique de dédoublement des partis politiques et des plateformes. L’Accord de la Saint-Sylvestre est clair en ce qui concerne la désignation et la nomination du Premier ministre. Il appartient au Rassemblement de présenter le Premier ministre et non la liste des candidats Premier ministre. Au sein du Rassemblement, nous avons concédé que M. Kabila prolonge son mandat jusqu’à décembre suivant l’application de l’Accord politique du 31 décembre 2016. On aurait pu exiger l’intérim du président du Sénat à sa place… Nous ne sommes pas surpris de son discours. Au sein du Rassemblement, toutes les plateformes parlent d’une voix : le candidat Premier ministre, c’est M. Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi et le président du Conseil national de suivi de l’Accord, M. Pierre Lumbi.

 

2. Qu’entrevoyez-vous finalement dans la suite de ce bras de fer avec la MP?

Nous allons expliquer à notre peuple qu’il y a eu rupture de confiance par rapport aux assises du Centre interdiocésain. Et la conséquence, le peuple se décidera. L’article 64 de la Constitution est clair. Nous n’allons pas accepter le retour de la dictature en République démocratique du Congo. Pour nous, le salut ne passe que par le respect de l’Accord de la Saint-Sylvestre et point barre.

 

3. L’UDPS et le Rassemblement maintiennent la marche du 10 avril prochain pour exiger l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre. Le MPCR se range-t-il dans cette démarche de recours aux manifestations pacifiques de la rue ?

Le Rassemblement n’a que le peuple. Et c’est l’essentiel. Il appartient à ce peuple, lui-seul, d’exprimer son ras-le-bol. Il ne faudrait pas oublier que la responsabilité de l’impasse électorale incombe au pouvoir en place. Il ne peut pas aujourd’hui faire miroiter une solution à un problème qu’il a lui-même créé.

 

4. Dans le contexte de la non-application de l’Accord de la Saint-Sylvestre, le chaos devient-il inévitable ?

M. Kabila a toutes les cartes en main. C’est notamment celle de nommer M. Félix Tshisekedi comme Premier ministre. La collaboration commencera là pour faire respecter l’Accord du 31 décembre 2016. Contourner cet Accord, c’est pérenniser la crise. Rien n’est nouveau sur cette terre. Je partage deux leçons tirées de deux images me parvenues sur les réseaux sociaux. La première image, c’est celle d’un Congolais de Brazzaville à Rabat devant la tombe du maréchal Mobutu. Et là, il se disait : regardez ce grand homme, qui l’eût cru qu’il terminerait là ? Tout est vanité, a-t-il conclu. L’autre image est celle de l’ancien président burkinabé, Blaise Compaoré, à un aéroport avec une bouteille de jus et un sandwich ! Montage ou pas, je me dis, il a raté l’occasion de sortir par la grande porte.

 

5. Le MPCR fait partie de la Dynamique de l’Opposition, aujourd’hui, divisée. Quelle suite faites-vous de l’appel du président du Rassemblement vous invitant à refaire l’unité au sein de la Dynamique pour l’unité d’actions de l’Opposition ?

Effectivement le président du Rassemblement, Félix Antoine Tshilombo et le président du conseil des sages, Pierre Lumbi ainsi que le président Kitenge Yesu nous ont fait asseoir. J’ai été délégué, moi, du côté du Dynamique que vous appelez aile Kiakwama à préparer une rencontre avec la Dynamique dite aile Fayulu aux fins d’aplanir les divergences et refaire l’unité d’actions. Jusque-là, les contacts pris auprès du président de l’UDA Claudel Lubaya n’ont pas abouti. Nous avons fait rapport au président du Rassemblement.

 

(*) Président national du Mouvement du peuple congolais pour la République (MPCR)

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