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Comme en 1992, les laïcs catholiques reprennent le flambeau

Écrit par Le Potentiel le . Publié dans A la Une

« Le Congo, notre beau pays va mal. Notre rêve de bâtir au cœur de l’Afrique une démocratie respectueuse des hommes et des femmes de ce pays est devenu un cauchemar ». C’est le cri de cœur lancé, samedi 2 décembre à la paroisse Sainte Famille de N’Djili par le Comité de coordination des laïcs (CLC). Comme en 1992, lorsqu’il s’était agi de sauver la Cns fermée par une décision inique du Premier ministre de l’époque, les laïcs catholiques ont levé l’option de « refuser que le Congo, notre pays, devienne la propriété privée de quelques privilégiés ».

Samedi 2 décembre 2017, ils étaient tous réunis à la paroisse Sainte Famille de N’Djili pour crier leur ras-le-bol face au drame qui s’abat sur la RDC.  Les chrétiens catholiques, membres du Comité laïc de coordination (CLC), ont brisé le silence. Ils sont montés au créneau pour fustiger le comportement manifeste des gouvernants de ne pas organiser les élections, conformément à l’Accord de la Saint-Sylvestre. Or, c’est ce compromis politique obtenu en décembre 2016 qui a jeté les bases pour des élections apaisées.

A l’occasion, les membres du CLC ont animé trois conférences au cours desquelles ils ont brossé le degré de déliquescence atteint par le pays.  Leur message traduit le désastre qui s’abat sur la RDC. Comme le 16 février 1992, lorsque les laïcs catholiques ont bravé la peur pour exiger la réouverture de la conférence nationale souveraine(CNS), le CLC n’exclut plus un tel schéma pour sauver la démocratie congolaise en péril.

« Aujourd’hui, comme hier, lors de la marche du 16 février 1992, et répondant à l’appel des évêques du 23 juin 2017 solennellement répété le 24 novembre de la même année, les laïcs chrétiens réunis au sein du Comité laïc de coordination affirment leur ferme volonté de soutenir le processus de mise en œuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre », a dit le CLC dans le message lancé samedi dernier à l’issue de sa rencontre à la paroisse Sainte Famille de N’djili.

L’abbé Donatien Nshole, le professeur Thierry Nlandu Mayamba et l’abbé Jean-Marie Bomengola, respectivement secrétaire général de la Commission épiscopale nationale du Congo (Cénco), président du CLC et président de la Commission en charge de la communication de la Cénco, ont lancé un appel pathétique à la mobilisation générale du peuple congolais. Ils demandent à la population de vaincre la peur pour obtenir un changement dans la non-violence.

L’abbé Nshole a été le premier à ouvrir le bal, en s’attardant sur le thème : « Message de la CENCO, pour quel engagement chrétien ? ». Perpétuant la pensée des évêques en cette période de crise, l’abbé Nshole a tenu à circonscrire le cadre du dernier appel des évêques. « Les évêques n’ont pas d’ambition politique. Ce n’est pas la mission de l’Eglise. Ce n’est pas pour autant que l’Eglise doit rester à l’écart de la justice et la paix. A cause de la fidélité au Christ et à la vie, l’Eglise doit être à côté du peuple du monde entier. Et la RDC est concernée », a-t-il indiqué. Avant de préciser que le rôle de l’Eglise est de « rechercher la paix, socle de la tenue des élections crédibles et apaisées, voie obligée en vue d’accéder au pouvoir ».

En fait, l’abbé Nshole a peint un tableau sombre de la RDC. « Le peuple croupit dans la misère. Rien ne marche. Le pays est dans un pétrin », a dit le secrétaire général de la Cénco. Il a rappelé que l’épiscopat congolais travaille à la prévention des conflits pour éviter le chaos. Il en prend pour preuve, le travail de titan abattu par la Cénco pour, d’un côté, faire échec au projet de balkanisation de la RDC, et de l’autre, faire appliquer l’article 220 de la Constitution.

Préoccupé par la dégradation de la situation socio-économique de la RDC, envenimé par une crise artificiellement créée par ceux qui tiennent encore les rênes du pouvoir, le secrétaire général de la Cénco a soutenu que la population mérite une éducation civique en vue de s’imprégner des enjeux de l’heure. « Là où les acteurs politiques se battent pour leurs intérêts égoïstes, c’est la population qui en est victime.Aussi, l’Eglise doit aider la population à prévoir des observateurs lors des élections et à dénoncer des antivaleurs », a fustigé l’abbé Nshole.

Poursuivant son intervention, le porte-parole de la Cénco a mis un accent particulier sur les bons offices et la médiation menés par des évêques depuis 2012, œuvre qui a conduit à la signature de l’Accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016. Il a également évoqué des plaidoyers internationaux qui ont produit des effets positifs, notamment l’interdiction par le Sénat américain d’acheter des minerais vendus par des groupes armés opérant dans l’Est de la RDC.

Décortiquant le dernier message des évêques catholiques, l’abbé Nshole a souligné que l’Accord du 31 décembre 2016 a été torpillé dans tous les sens, jusqu’à en vider le contenu. Au nom des évêques, l’abbé Nshole a lancé un appel pressant à une mobilisation générale pour barrer la route à ceux qui s’efforcent de prendre en otage tout le pays : « Debout congolais (Congolais toteleme !) ». « Une poignée d’individus ne peut pas prendre les vies d’au moins 80 millions d’habitants en otage. Peuple congolais, tiens-toi debout, vas de l’avant et bas-toi. C’est vrai que la responsabilité est partagée entre l’opposition et le pouvoir mais la grande responsabilité de ce qui est arrivé au pays incombe à la Majorité », a martelé le secrétaire général de la Cénco.

Briser la peur

A l’instar du pape Jean-Paul II en son temps, lorsqu’il s’est adressé au peuple polonais qui se battait pour sa libération au début des années 1992, l’église catholique répercute le même message : « N’ayez pas peur ».

Comme en 1992, c’est le Comité laïc de coordination qui a décidé de se lancer au front. Par le message du 2 décembre 2017, l’Eglise catholique convie le peuple congolais à organiser des manifestations pacifiques à l’échéance du 31 décembre 2017 afin de revendiquer ses droits pour faire triompher, dit le CLC, la Constitution du 18 février 2006. « Les évêques ont compris que la population n’a plus confiance en ses dirigeants, elle est devenue méfiante. Le calendrier électoral publié avec 17 contraintes ne rassure pas », a fait observer l’abbé Nshole.

A cet effet, le secrétaire général a rappelé que les évêques attendent du pouvoir des garanties évidentes pour sauver la démocratie congolaise. C’est notamment le respect de l’Accord de la Saint-Sylvestre qui interdit au chef de l’Etat de briguer un troisième mandat. A ce propos, les évêques exigent du président de la République « une déclaration publique qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession ».

Au Parlement, les évêques recommandent de ne pas procéder à la révision constitutionnelle ni à un quelconque référendum. Au Gouvernement, la Cénco attend la publication du plan de décaissement des fonds pour financer les élections. En même temps, la Cénco espère voir les partis politiques dévoiler les projets de société afin de fixer l’opinion de la manière dont ils entendent gouverner lorsqu’ils seront au pouvoir.

La Cénco note également qu’aucune action ne saura porter sans implication du peuple congolais, souverain primaire par excellence. Parce que le peuple est le seul souverain primaire, « s’il ne veut pas s’impliquer, il n’y aura pas de changement », a lancé l’abbé Nshole. Avant de poursuivre en ces termes : « le peuple doit être vigilant. Il est invité à suivre attentivement tout ce qui se passe. Il ne doit pas avoir peur de manifester lorsque les garanties exigées par les évêques ne sont pas respectées ».

« On ne négocie pas avec la dictature, on s’en débarrasse »

Dans la suite de l’abbé Nshole, le président du Comité laïc catholique, leprofesseur Thierry Nlandu Mayamba, est venu enfoncer le clou. Sa communication a porté sur le thème suivant : « En route vers 2017 : analyse du contexte sociopolitique ». A l’instar de l’abbé Nshole, le  prof Nlandu a invité le peuple congolais à « se lever pour faire face à la dictature et barrer la route à quiconque voudrait exercer le pouvoir  par force ».

« Nous sommes dans une dictature. Or, en politique, on ne négocie pas avec la dictature. On s’en débarrasse. Il faut intérioriser la lutte du sacrifice. Car, dans tout combat politique, il ne peut pas y avoir un changement sans sacrifices. Il faut accepter de mourir comme le seigneur Jésus-Christ ; notre sauveur a accepté de lutter pour le salut de l’humanité jusqu’au sacrifice suprême sur la croix. Il s’agit d’une spiritualité qu’il faut apprendre maintenant. Chacun doit accepter de porter la croix pour le salut du Congo », note-t-il.

Pour le prof. Thierry Nlandu, le temps est à l’action. « Nous aurons le pouvoir dans la non-violence. Retrouvons-nous nombreux à la marche comme ce fût le cas le 16 février 1992. Personne ne viendra agir à votre place. Nous sommes la famille de Dieu. Apprenons à faire les manifestations pour revendiquer. Les stratégies sont nombreuses. Nous sommes revenus à l’époque de Mobutu. Faisons pression et il y a moyen de sauver ce qui peut être sauvé bientôt », a-t-il avisé.

A noter que cette rencontre a suscité beaucoup de réactions et d’engagements patriotiques au sein du doyenné de N’djili. Les 365 délégués issus des différentes paroisses catholiques étaient chargés de relayer le message à leurs bases respectives.

 

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