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RDC-Décrispation politique : s’en remettre à la Cenco

Écrit par Le Potentiel le . Publié dans A la Une

La MP s’est appliquée à opérer une mise en œuvre sélective de l’Accord politique du 31 décembre 2016. Seuls ses intérêts comptent. Au grand dam d’autres parties prenantes à la crise persistante qui prévaut au pays. Dans ce coup de force, la MP fait de la décrispation politique le moindre de ses soucis. Elle verrouille toutes les issues de manière à mettre hors course l’opposant Moïse Katumbi. La MP regarde tout le monde de haut alors que la tension monte davantage. Remède : que tous s’en remettent à la sagesse de la Cenco.

La dernière rencontre entre le Conseil national de suivi de l’Accord (CNSA) et une délégation du gouvernement, représentée notamment par le vice-Premier ministre de l’Intérieur et le ministre d’Etat à la Justice, n’aura accouché que d’une souris. Il n’y a pas eu d’avancées majeures dans la mise en œuvre de l’Accord convenu le 31 décembre 2016 sous l’égide de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo). Le contraire aurait d’ailleurs étonné – la MP l’ayant embrigadé dans sa logique.

Inscrit à l’ordre du jour de cette rencontre, la question de décrispation politique n’a pas reçu de réponses favorables. Apparemment, la MP campe toujours sur ses positions. Elle n’en démord pas.

La lecture sélective de Thambwe Mwamba

Selon des révélations reprises sur le site tshukudunews.com, le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba est resté de marbre sur la question de décrispation politique telle que convenue dans l’Accord du 31 décembre 2016.

« Au sujet des mesures de décrispation qui nous concernent, nous avons dit aux membres du CNSA que nous pensons avoir fait le maximum, mais s’ils nous présentaient d’autres listes, nous sommes prêts à les examiner avec les magistrats concernés et voir ce qui peut se faire », a dit le Garde des sceaux, concernant le volet judiciaire des mesures de décrispation politique convenues au Centre interdiocésain (CENCO).

Alexis Thambwe Mwamba ne se sent pas lié par les directives consignées dans l’Accord du 31 décembre 2016. «Bien avant la signature de l’Accord, à la demande du président de la République, nous avons libéré 2 mille personnes », a-t-il laissé entendre sans dévoiler la liste des personnes relaxées. Sans lâcher du lest, il a  déclaré que « Pendant les travaux de la CENCO, j’ai reçu plusieurs listes dont la première a été présentée par l’ambassadeur de l’Union européenne au nom de nos compatriotes qui s’étaient réunis à Genval. Toutes les personnes qui étaient sur cette liste ont été libérées. J’ai ensuite reçu une seconde liste de 85 noms présentée par les évêques au président de la République, la plupart de ces personnes ont été libérées. Nous avons aussi réceptionné une liste venue d’une ambassade, laquelle concernait des personnes détenues dans des services de sécurité, et toutes ont été également libérées ». Difficile de confirmer ou d’infirmer cette information quand le ministre de la Justice ne se donne pas le mal d’en démontrer le fondement.

Dans la foulée, le Garde des sceaux reconnaît qu’il y a des cas, dits « emblématiques ». Mais, pour respecter la ligne dure tracée à l’avance par sa famille politique, il ne s’est pas gêné d’affirmer qu’il existe deux catégories de bénéficiaires de mesures de décrispation prévues dans l’Accord du 31 décembre 2016. « Sur les sept cas que la CENCO a présentés comme emblématiques, quatre cas ont été réglés et j’ai expliqué au CNSA pourquoi trois ne pouvaient pas l’être». Sans le dire, on sous-entend que les trois cas que le ministre d’Etat à la Justice considère insolubles sont ceux se référant sans aucun doute à Moïse Katumbi, Jean-Claude Muyambo et Eugène Diomi Ndongala.

Sur ce point précis, le Garde des sceaux a promis de ne pas transiger. «En ce qui nous concerne, nous pensons avoir fait le maximum, mais si les membres du CNSA estiment qu’il y a encore des cas qui nécessitent d’être examinés par le ministère, qu’ils m’envoient les listes et je verrai, avec les magistrats concernés, ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas», a-t-il promis.

Katumbi fait peur

Après ses entretiens avec le CNSA, la MP a révélé ses vraies intentions. En effet, dans ses rangs, on digère très mal un probable retour au pays de Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle. En réalité, la MP estime que Moïse Katumbi ne peut aucunement être bénéficiaire des mesures de décrispation prévues dans l’Accord du 31 décembre 2016. De l’avis de la famille politique du chef de l’Etat, l’ex-gouverneur de l’ex-Katanga est un cas spécial qui s’écarte fondamentalement des options convenues entre les parties signataires de l’Accord de la Saint-Sylvestre. On est donc en face d’une décrispation sélective, totalement dépendant des calculs politiques de la MP.

En réalité, la MP a peur de Moïse Katumbi. Et elle n’est pas prête à le revoir en RDC. Comment dès lors prétendre à une quelconque décrispation pendant qu’on cherche à écarter par tous les moyens un adversaire politique gênant. C’est tout le problème.

Par ce temps de fortes tensions politiques, il y a lieu de revenir aux fondamentaux de l’Accord du 31 décembre pour donner la chance au pays de répartir sur de nouvelles bases. En cette matière, on peut bien s’inspirer de la sagesse des évêques qui ont mené des enquêtes approfondies, comme le recommande l’Accord du 31 décembre 2016, pour faire toute la lumière sur la situation embarrassante de la condamnation de Moïse Katumbi. La Cenco a bouclé son enquête par un non-lieu, estimant que le dossier opposant Katumbi au Grec Stoupis était vide.

En promettant d’engager des discussions avec le CNSA pour vider des dossiers litigieux se rapportant au volet judiciaire des mesures de décrispation, le Garde des sceaux cherche juste à gagner du temps. C’est un « mensonge politique » sans lendemain. Il n’y a que la Cenco qui peut résoudre ce problème – les évêques étant parvenus à lever des options claires en ce qui concerne particulièrement Moïse Katumbi. Tant que l’on se détournera de la voix tracée par la Cenco, on tournera en rond, laissant de côté le vrai problème lié à la décrispation politique.

 

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