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Cinq questions Père Paul-Augustin Madimba (*)

Écrit par Propos recueillis par P.M., lundi le . Publié dans 5 Questions à...

1. Quelle lecture faites-vous des bruits de bottes, encore et toujours, dans l’Est du pays ?

Visiblement, ce qui se passe dans l’Est de la République, particulièrement au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, est entretenu par ceux qui tirent profit des minerais de sang. C’est d’Uvira au Sud-Kivu que la rébellion de l’AFDL avait commencé en 1996. Mais on connait dans la suite, combien il y avait des contrats miniers décriés ou encore des exploitations minières sans traçabilité, ne profitant qu’aux seigneurs de guerre. C’est déplorable que cet état des choses se répète parce que finalement l’autorité de l’Etat ne se ressent peut-être pas effectivement dans tous les recoins. Une énième rébellion ne peut pas profiter au Congo à partir du moment où les minerais qui sont pris illicitement à cause de cette situation de trouble ne peuvent pas rapporter des bénéfices au pays.

2. C’est donc une situation qui nécessite d’être éclairée ?

Absolument. Je crois savoir qu’il n’y a aucun pays africain qui fabrique déjà des armes. Il y a donc des questionnements. D’où viennent les armes utilisées par ces rébellions ? Qui en sont les fournisseurs ? Pour ne parler que de la ville d’Uvira au Sud-Kivu, elle ne donne pas directement à la mer. Donc, s’il y a eu quelque trafic que ce soit, il faudrait ici dire que ce sont les pays voisins qui ont servi de trait d’union pour que les armes parviennent aux rebelles. C’est clair.

3. L’Accord du 31 décembre 2016 passe-t-il déjà aux oubliettes avec un probable 3ème dialogue de plus en plus évoqué ?

Il ne faut pas perdre de vue que la RDC a connu dans son histoire plusieurs accords. Déjà avec l’Accord de Sun City 2 qui présentait également un caractère global et inclusif n’a pas été appliqué à la lettre… Cela ne m’étonne donc pas que les différentes parties se détournent de l’Accord dit de la Cénco. C’est l’illustration d’un Congo qui est dans une sorte de tourbillon depuis belle lurette, à cause de l’égoïsme de sa classe politique… S’il faut réfléchir autrement, il faudrait mettre de côté la bipolarisation du pouvoir au Congo et donner l’occasion à ceux qui peuvent penser avec un programme bien clair pour l’organisation des élections au pays. La Guinée, la RCA, etc., sont des exemples. Sinon, avec nos politiciens nous reviendrons toujours à la case départ.

4. Elections, oui, mais « sans ingérence extérieure », c’est le vœu du chef de l’Etat, clairement expliqué sur la tribune des Nations unies.

Aujourd’hui, aucun pays au monde ne peut évoluer en vase clos. L’action extérieure est indispensable dans les rapports entre les Etats. Je crois personnellement que c’est un discours qui est loin de cadrer avec le contexte actuel de l’évolution mondiale. Même les Etats-Unis d’Amérique aujourd’hui ne pourront pas, en eux-seuls, poser des actions contre la Corée du Nord par exemple. Cela a été pareil pour la France quand il fallait mener des opérations contre les forces de Kadhafi en Libye. Le monde est aujourd’hui un grand village ou tous se côtoient et tout se communique. Hier, les informations du Congo n’avaient pour principales cibles que les Congolais. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Tant que nous aurons besoin, par exemple, des machines que nous allons importer de l’extérieur. Combien de pays africains peuvent vivre sans appui extérieur dans leur budget, etc. ?

5. Que dire pour conclure ?

Le Congo est malade de sa classe politique. Si nous pataugeons, c’est parce que depuis 1960, la classe politique a fait montre de divisions. Après chaque dialogue ou forum, la suite est connue : c’est le partage des postes. Pour sauver le pays face à l’impasse aujourd’hui, les politiques doivent se mettre à l’écart pour que de simples fonctionnaires organisent les élections. Et cela est possible.

 

(*) Curé de la paroisse Sainte Angèle à Mpasa.

 

 

 

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