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Revitalisation de l’accord du 31 décembre : Kabila courtise l’UA, le Rassemblement préfère l’ONU

Écrit par Le Potentiel, lundi le . Publié dans A la Une

Arrivé jeudi dernier à Kinshasa pour une probable médiation en RDC, le président de la Commission de l’Union africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat n’a pas pu rapprocher les vues des protagonistes congolais. Courtisée par le pouvoir en place à Kinshasa, l’UA ne fait pas l’unanimité au sein de l’Opposition. Le Rassemblement, particulièrement, mise plutôt sur l’ONU en espérant que celle-ci va jouer un rôle déterminant dans le sens de revitaliser l’accord politique du 31 décembre 2016.

La facilitation menée en 2016 par le Togolais Edem Kodjo ayant fait flop, l’Union africaine s’active sur un autre terrain pour continuer à jouer un rôle en vue d’une sortie de crise en République démocratique du Congo. Dépêché en RDC, le président de la Commission de l’Union africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, a séjourné du 27 au 29 septembre 2017 à Kinshasa pour tâter les pouls de principaux protagonistes à la crise congolaise, d’un côté la majorité au pouvoir et ses nouveaux alliés ainsi que de l’autre, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.

Bien avant de quitter Addis-Abeba, siège de l’Union africaine, Moussa Faki avait préalablement circonscrit le cadre de son déplacement. « La RDC est un pays important au sein de l’UA et je suis venu témoigner du soutien de cette organisation », avait-il déclaré, à sa descente d’avion jeudi dernier, tout en précisant que sa mission portera sur des discussions avec les parties prenantes pour voir ce que l’UA peut faire pendant cette période cruciale en RDC.

Bien avant son arrivée à Kinshasa, le président de la Commission de l’UA avait dépêché, fin août dernier à Kinshasa, le professeur Mohammed El-Hacen Lebatt, son conseiller stratégique principal, porteur à l’occasion d’un message au président Joseph Kabila.

Pendant son séjour dans la capitale congolaise, le président de la Commission de l’UA a eu des contacts avec les plus hautes instances du pays, dont le président de la République et les principaux acteurs de la scène politique.

Réticent au départ, le Rassemblement dit avoir rencontré l’émissaire de l’UA juste « par politesse ». « Cela ne veut pas dire que nous avons changé des positions radicales prises vis-à-vis des institutions régionales ou sous-régionales africaines parce qu’elles se livrent à un jeu qui ne permet pas de faire avancer les intérêts du peuple congolais », a dit Christophe Lutundula, cadre du Rassemblement, invité de l’émission Face-à-face diffusée sur Top Congo Fm. Et de poursuivre : « Il est clair que nous ne pensons pas que le salut du peuple congolais viendra de ces institutions ».

A son départ, samedi dernier de Kinshasa, Moussa Faki, qui avait annoncé auparavant une conférence de presse n’a pas pu s’exprimer devant les médias. Côté cour, on a fait mention de son calendrier fort chargé qui ne lui aurait pas permis de s’exprimer à la presse. Mais, côté jardin, on évoque la moisson peu abondante récoltée par le président de la Commission de l’UA pendant ses trois jours de visite de travail en RDC. Cela qui laisse un goût d’inachevé dans la mission de l’UA.

Divergence d’approches

Compte tenu des liens étroits qu’elle entretient avec le pouvoir en place à Kinshasa, le Rassemblement ne porte vraiment pas à cœur l’Union africaine. La facilitation déséquilibrée menée en 2016 par le tristement célèbre Edem Kodjo, a mis un grain de sable dans les rapports généralement tendus entre l’UA et la principale plate-forme de l’Opposition congolaise. Ainsi, revoir l’UA reprendre du terrain dans la sortie de crise en RDC passe pour une pilule amère difficile à avaler. Après le passage éhonté d’Edem Kodjo, le Tchadien Moussa Faki n’est donc pas parvenu à inverser la tendance. Il s’est retrouvé face à un mur infranchissable lui tendu par le Rassemblement.

En lieu et place de l’Union africaine, le Rassemblement est plutôt favorable à l’Organisation des Nations unies qu’il trouve plus équilibrée et impartiale dans la façon d’aborder la crise africaine. Quant à l’Union africaine, l’on ne croit pas plus dans sa compassion de façade qu’elle manifeste à l’endroit du peuple congolais. Ce qu’on reproche à l’UA c’est de minimiser le fait que le peuple congolais est en quête incessante de démocratie, d’Etat de droit et de respect de droits de l’homme. Bref, Moussa Faki Mahamat ne pouvait pas réussir là où Edem Kodjo a échoué. 

« Comme en 2016, les aventuriers de l’UA sont à Kinshasa pour arracher un sursis en faveur de Kabila. Pas question, le peuple n’est plus dupe », a indiqué à ce propos, André-Claudel Lubaya, député national élu de Kananga et Président de l’UDA/Originelle, membre du Rassemblement.

Dans ces conditions, le président de la Commission africaine ne pouvait pas espérer mieux. Il a quitté Kinshasa bredouille, sans avancées réelles sur le terrain. Aucune ligne n’a bougé.

La piste de New-York

Le dialogue de la Cité de l’Union africaine, qui s’est soldé le 18 octobre 2016 par la signature d’un accord politique partiel a été un fiasco, vite corrigé par les pourparlers directs du Centre interdiocésain, sanctionné par la conclusion d’un accord plus global et inclusif, dit de la Saint Sylvestre (31 décembre 2016).

Si ce compromis politique du 31 décembre 2016 a permis d’estomper le spectre du 19 décembre 2016, sa mise en œuvre a été torpillée dans tous les sens par la majorité au pouvoir. Et sur ce point précis, l’Union africaine, loin de jouer à l’apaisement, a plutôt pris fait et cause en faveur du pouvoir en place, affichant une position mitigée qui a fini par la rendre suspecte, c’est-à-dire ayant un penchant pour la MP.  A contrario, l’Onu s’est montrée intraitable à ce sujet, réaffirmant à maintes reprises la nécessité de revenir à l’accord politique du 31 décembre 2016, seul cadre à même de désamorcer la crise en RDC.

C’est dire que, dans la perception de la crise congolaise, deux acteurs internationaux majeurs sont en lice. Il y a d’un côté, l’UA, et de l’autre, l’Onu. En interne, les deux protagonistes majeurs sont alignés l’un sur l’UA, l’autre sur l’Onu.

L’Opposition est hantée par le jeu macabre joué par Edem Kodjo lors de sa facilitation de 2016. Dans ces conditions, revoir l’UA revenir en RDC par ce temps de crise ne la rassure nullement.

Que faire dans ces conditions ? C’est à l’Onu, pense-t-on, de reprendre l’initiative en vue d’imposer un nouveau rythme dans la recherche de nouvelles pistes de sortie de crise en RDC. Le cadre ayant été tracé d’avance, c’est-à-dire la résolution 2348 du Conseil de sécurité des Nations unies, il ne reste plus qu’à redonner une nouvelle vie à l’accord du 31 décembre 2016, délibérément déroutée par la majorité au pouvoir. Au sein du Rassemblement, on estime que l’UA ne peut pas endosser ce nouveau rôle. La revitalisation de l’accord du 31 décembre suppose, argue-t-on dans les rangs du Rassemblement, une nette implication des Nations unies dont le champ de compétences dépasse le cadre étriqué  de l’UA.

Est-ce que cet appel trouvera un écho favorable à New-York ? A première vue, l’optimisme est permis. Surtout lorsqu’on fait foi aux conclusions de la réunion spéciale organisée dernièrement en marge de la 72ème assemblée générale des Nations unies. Au cours de cette rencontre, les instances de l’ONU ont réaffirmé leur adhésion à l’accord du 31 décembre et confirmé que ce document demeure le seul cadre consensuel pour la sortie de crise en RDC. En face, à l’UA, l’on se bat pour nouvelle médiation.

D’ores et déjà, dans une résolution adoptée le 29 septembre 2017 par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, il a formellement été demandé aux autorités de la RDC de « publier, dès que possible, un calendrier électoral réaliste », « conformément à l'accord du 31 décembre 2016», et encourage le gouvernement à «créer sans tarder les conditions nécessaires à la tenue d'élections libres, transparentes, ouvertes et pacifiques, en particulier dans la perspective des élections législatives et présidentielle ». Par ailleurs, la même résolution encourage le gouvernement de la RDC de «s'assurer que tous les citoyens, quelle que soit leur affiliation politique, puissent participer librement aux affaires publiques» et qu' «ils jouissent pleinement de leurs droits et libertés fondamentales, en particulier les libertés d'expression et de réunion pacifique ».

Au moment où l’ambassadrice des Etats-Unis, Nikki Haley, s’apprête à entamer une tournée d’inspection en Afrique, on attend voir les Nations unies s’imposer comme la seule interface pour rapprocher différents protagonistes de la crise congolaise.  C’est sans doute à New-York que se trouve la clé qui libère la voie à emprunter aboutir le plus tôt possible à l’alternance démocratique en RDC.

 

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