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Cinq questions à Denis Mukwege (*)

Écrit par Tirées de Radio Okapi, publié jeudi 31 aout 2017 le . Publié dans 5 Questions à...

1.  Vous venez de participer à une conférence dont le thème est « Nation congolaise en péril : responsabilité sociale des universitaires ». Comment expliquer cela ?

Absolument! Je pense que mon intervention avait insisté sur le rôle de sentinelle que doit jouer l’intellectuel. Dans toute société, c’est l’intellectuel qui doit alerter, qui doit dénoncer. Je pense qu’à partir du moment où l’intellectuel se tait, toute la société périt.

2.Selon vous, pourquoi l’intellectuel congolais ne joue pas son rôle de sentinelle ?

Il faut savoir que lorsque nous faisons une analyse, on se rend très bien compte que c’est d’un système bien organisé pour faire en sorte que cette capacité de contester et de dénoncer, de jouer le rôle d’alerte est détruite par le système dans lequel nous fonctionnons aujourd’hui. Et il y a plusieurs éléments qui entrent. Nous avons parlé, du fait que la population est très pauvre. Donc, étant dans une pauvreté abjecte, c’est comme si que la population asseye de trouver des opportunités, des survies, au lieu de se diriger de droit. Tout ce que les gens reçoivent, ils ne comptent pas cela comme leur droit, mais ils ont l’impression que c’est un cadeau. Absolument, quand on vit non puisque on a le droit, mais on vit par la grâce. Donc, on est tout à fait subordonné.

3.            Dans le système qui est déjà organisé. Que devrez être l’attitude d’un intellectuel ?   
Devant cette situation, je crois qu’un intellectuel doit alerter, un intellectuel doit dénoncer, l’intellectuel qui est un penseur, qui est un générateur d’idées, doit être en mesure de pouvoir donner les lignes, les voies de sortie. Je crois que là, c’est un  rôle capital que les universitaires doivent jouer pour permettre à ce que notre société puisse en sortir. Aujourd’hui, nous comptons beaucoup sur les motards et les « Kuluna » pour changer notre société. La solution ne viendra pas de là, cela doit venir des penseurs que moi je considère. Ils doivent jouer un bon rôle, par le fait de mettre l’étincelle afin de permettre à ce qu’il y ait une révolution morale.

4.            D’après vous, la révolution morale c’est quoi ?

En fait, la révolution morale c’est le retour aux valeurs universelles que sont la vérité, la justice et la raison. Je crois qu’aujourd’hui, toutes ces valeurs chez nous n’existent pas. Il n’y a pas d’humanisme. Quand vous voyez comment notre société est organisée, ça fait peur de voir l’opulence dans la quelle vit une élite dirigeante qui ne représente même pas 1% de la population, avec la pauvreté dans laquelle vit le reste de la population, vous comprenez qu’il faut qu’on retourne à un humanisme où l’homme doit être au centre de toute préoccupation, de toute action politique.

5.Comment les intellectuels congolais doivent-ils vaincre les valeurs immorales ?

Là, je crois qu’il faut d’abord s’imprégner de cet humanisme où on considère l’autre comme son égal ou on considère que nous sommes tous égaux devant la loi. Pour  cela, il que nous puissions bénéficier de mêmes avantages devant la loi. Cela je crois qu’il faut absolument retourner aux valeurs universelles qui sont  vérité, la justice et la raison. Donc, il faut être rationnel. D’ailleurs, dans mon discours j’ai dit que malheureusement le rationnel est devenu  irrationnel. Donc,  je recommande aux acteurs politiques de restaurer l’humanisme pour permettre à la population de vivre dignement, en passant par la révolution morale.

Médecin directeur de l’Hôpital général de référence de Panzi, à Bukavu (*)

 

 

 

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