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Kinshasa : HRW fait le point sur la répression des étudiants et membres de l'opposition

Écrit par HRW/S.Ntambwe, publié mercredi 02 auot 2017 le . Publié dans Online Dépêches

Dans son rapport publié mercredi 02 aout 2017, l’Ong Human rigths wacth (HRW) donne sa version des faits sur les différentes évasions enregistrées dans les prisons de la République démocratique du Congo (RDC) ; les présumés auteurs présumés d’une série d’attaques récentes à Kinshasa présentés, vendredi dernier par la Police ainsi que la répression des étudiants à l’Université de Kinshasa le 21 juillet 2017.

Ci-dessous, l’intégralité du rapport de Human rights watch.

Vendredi dernier, 15 auteurs présumés d’une série d’attaques récentes à Kinshasa – notamment l’assaut contre la prison centrale de la ville en mai, qui a permis à quelques 4 000 prisonniers de s’évader – ont été présentés aux médias au quartier général de la police. De nombreux hauts fonctionnaires de la République démocratique du Congo étaient présents lors de la cérémonie, notamment l'administrateur général de l’agence nationale de renseignement (ANR), le commissaire général de la police, le procureur général de la République, le gouverneur de la ville de Kinshasa, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice et le porte-parole du gouvernement.

Le 21 juillet 2017, la police congolaise a tiré à balles réelles et a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les étudiants à l’Université de Kinshasa qui manifestaient contre l’enlèvement de leurs camarades la veille.

Nombre des auteurs présumés sont membres du parti politique d’opposition Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) de feu Étienne Tshisekedi. Human Rights Watch a documenté de nombreux cas au cours des deux derniers mois de membres de l’UDPS qui ont été victimes d’arrestations illégales ou de disparitions forcées. Au moins quatre des individus présentés à la presse lors de la cérémonie de vendredi figuraient parmi les cas que nous avons documentés ; jusqu’à ce jour-là, leurs familles ne savaient même pas où leurs proches étaient détenus, ni même s’ils étaient encore en vie.

Ben Tshimanga, étudiant de l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM) de Kinshasa, faisait partie de ce groupe de 15 personnes. En début de soirée le 20 juillet, des agents du renseignement militaire portant des vêtements civils et le visage masqué se sont approchés d’un groupe composé de Tshimanga et de ses amis pendant qu’ils discutaient à l’extérieur d’un dortoir à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), nous ont déclaré ensuite les étudiants. Tshimanga a tout d’abord réussi à s’échapper, mais les agents se sont saisis de deux de ses amis, les ont poussés dans une jeep noire et sont partis. Tshimanga a été arrêté plus tard dans la soirée et emmené vers une destination inconnue.

L’un de ses amis, Freddy Likambelo, étudiant à l’UNIKIN, a été conduit dans un centre de détention militaire, nous a-t-il expliqué plus tard. L’autre, Aimée Lowadji, infirmière et ancienne étudiante de l’ISTM vivant avec sa tante sur le site de l’UNIKIN, a été détenue à l’Inspection provinciale de la police de la ville de Kinshasa, nous a-t-elle déclaré plus tard. Tshimanga, Likambelo et Lowadji sont tous membres de l’UDPS. Lowadji et Likambelo occupent également des positions au sein du Mouvement Tshikediste pour le Changement (MTC), un réseau international de sympathisants de l’UDPS.

Lorsque d’autres étudiants ont appris les arrestations ce soir-là, ils ont commencé à manifester, mais ont été rapidement dispersés par les forces de sécurité qui sont arrivées et ont tiré en l’air à balles réelles, selon plusieurs étudiants présents. Le lendemain matin, une plus grande foule d’étudiants s’est rassemblée devant le bâtiment administratif de l’université, exigeant la libération de leurs camarades et scandant des slogans hostiles au président Joseph Kabila, qui s’est maintenu au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats inscrite dans la Constitution. Des étudiants ont jeté des pierres sur le bâtiment administratif de l’université, brisant ses fenêtres, et ont brûlé des véhicules garés à proximité, selon des témoins.

Cinq jeeps de la police sont arrivées rapidement sur les lieux et les policiers ont tiré à balles réelles et utilisé des gaz lacrymogènes contre les manifestants. Quelques étudiants ont répliqué en lançant des pierres en direction des policiers. Plusieurs étudiants semblant avoir été touchés par balle ont été rapidement évacués par la police, selon les témoins. De nombreux autres étudiants ont été passés à tabac par la police ou arrêtés.

Le 21 juillet 2017, la police congolaise a tiré à balles réelles et a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les étudiants à l’Université de Kinshasa qui manifestaient contre l’enlèvement de leurs camarades la veille.

Likambelo a été relâché peu après la manifestation du 21 juillet, et Lowadji l’a été libérée le 22 juillet. « Un homme masqué m’a interrogé », nous a expliqué Likambelo. « Il m’a demandé si je connaissais le motif de mon arrestation, et j’ai dit non. Puis il m’a menacé, mais m’a laissé partir. Il a déclaré qu’ils ne me relâchaient que parce que je suis populaire et que mes collègues avaient manifesté pour ma libération, mais il m’a prévenu qu’ils allaient me surveiller de près. »

Tshimanga avait été détenu à un endroit inconnu, sans accès à sa famille ni à un avocat, jusqu’à sa réapparition vendredi dernier, a expliqué sa famille.

Les accusations portées par les services de renseignement et de police lors de la cérémonie de vendredi contredisent les affirmations antérieures du ministre congolais de la Justice et du porte-parole du gouvernement, qui imputaient l’attaque contre la prison de Kinshasa aux adeptes de la secte politico-religieuse Bundu Dia Kongo.

Les autorités lors de la cérémonie de vendredi n’ont présenté aucune preuve ni explication indiquant comment ou pourquoi Tshimanga et les autres auraient orchestré ces attaques. Beaucoup craignent que les charges ne soient sans fondement et ne s’inscrivent dans le cadre d’un effort pour faire taire l’opposition politique et ses partisans. On craint également que ces accusations ne soient destinées à jeter les bases d’une procédure judiciaire future contre des dirigeants du parti UDPS et d’autres membres.

Lors de la cérémonie de vendredi, la police a également annoncé qu’elle cherchait d’autres assaillants présumés encore en liberté et qu’une récompense de 2 000 $ US serait versée à quiconque remettrait l’un des suspects en vie. Ils ont cité les noms de ceux qu’ils cherchaient, y compris Rossy Mukendi, un jeune activiste pro-démocratie et ancien membre de la ligue de jeunes de l’UDPS. Mukendi avait été arrêté auparavant le 17 mai 2017 avec 13 autres jeunes activistes qui protestaient contre le mauvais état des routes dans leur quartier de Kinshasa. Les 13 autres personnes avaient été libérées deux jours plus tard, tandis que Mukendi avait été gardé dans un centre de détention des services de renseignements militaires, sans chef d’accusation et sans accès à sa famille ni à un avocat, jusqu’à ce qu’il soit libéré le 15 juin.

Les autorités congolaises devraient soit libérer de toute urgence Tshimanga et les autres activistes de l’opposition et pro-démocratie, soit les mettre en accusation rapidement pour une infraction crédible et assurer qu’ils bénéficient d’un procès juste et équitable, exempt de toute ingérence politique. 

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