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Prison centrale de Bukavu : les dessous des cartes d’une évasion préparée

Écrit par Le Potentiel, Publié mercredi 02 aout 2017 le . Publié dans Online Dépêches

La Monusco a alerté les responsables de la sécurité de la prison centrale de Bukavu, mais des mesures conséquentes n’ont pas été prises pour empêcher les évasions.

À l’allure où se reproduisent les attaques  de prisons, suivies des évasions des prisonniers, si l’on n’y prend garde, toutes les maisons carcérales de la République démocratique du Congo risquent d’être touchées avant la fin de cette année 2017.

La toute récente de ces attaques a eu lieu le vendredi 28 juillet à la prison centrale de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu. Le bilan officiel fait état de 20 évadés et d’un mort et plusieurs blessés. Cette énième attaque ressemble à plusieurs autres que le pays a connues jusqu’ici. En pleine journée, une attaque à la grenade crée la panique puis il s’ensuit une évasion des prisonniers. Comme toutes les autres attaques des prisons, celle de Bukavu intrigue aussi.

En effet, selon nos investigations, les casques bleus de la Monusco étaient au courant de l’imminence d’une attaque à la prison centrale de Bukavu. Convaincus des informations à leur possession, des casques bleus de la Monusco se sont rendus à la prison centrale de Bukavu pour alerter les responsables de la sécurité de cette maison carcérale de l’imminence d’une attaque.

C’est dire que les responsables provinciaux de la police et de l’armée étaient au courant de l’attaque qui se préparait contre la prison de Bukavu, mais vraisemblablement, des mesures idoines n’ont pas été prises pour faire échec à ce forfait.

En effet, selon une source de la Monusco ayant requis l’anonymat, la veille de l’attaque, il n’y avait que 15 policiers et une vingtaine de militaires qui assuraient la sécurité de la prison de Bukavu. Est-ce suffisant pour assurer la sécurité d’une prison centrale dans le contexte actuel de la RDC ? Est-ce que les forces de sécurité étaient suffisamment armées pour résister face à une éventuelle attaque ? Autant de questions que seuls les services compétents et les spécialistes peuvent y répondre, mais, est-il que l’attaque a eu lieu et des évasions n’ont pas été empêchées.

Bis repetita

Depuis le 17 mai 2017, plus d’une dizaine d’évasions se sont déjà produites dans le pays. Kinshasa a connu quatre « attaques-évasions » à la prison centrale de Makala, au cachot du parquet de Grande instance de Matete, au cachot du commissariat de police de Kalamu et au marché central.

Au Kongo Central, une évasion s’est produite à la prison de Kasangulu. Il y en a  eu aussi à Kalemie, dans la province de Tanganyika. Au Nord-Kivu, la prison centrale de Kangbayi a été aussi la cible d’une attaque suivie d’évasion spectaculaire de plus de 935 prisonniers. Aux dernières nouvelles, cette prison a fait l’objet, ce mardi 01 aout 2017, d’un incendie dont l’origine et le bilan ne sont pas encore connus. Nous y reviendrons.

Dans l’espace Kasaï, plusieurs cachots de Commissariats de police ont été vidés par les insurgés de Kamuina Nsapu.

L’opinion s’interroge

Au total, plus de dix provinces et davantage de prisons ou cachots du pays ont subi ces attaquées. Dans l’opinion publique, deux thèses s’affrontent sur ces évasions. Certains sont d’avis que les prisons congolaises sont vielles et pas suffisamment protégées par les forces de sécurité. Dès lors, il faut penser à la modernisation de ces prisons et au renforcement de la sécurité. Comment comprendre, par exemple, qu’une prison comme celle de Makala, la plus grande du pays, n’ait même pas une seule caméra de surveillance ?

Une autre opinion estime, par contre, que ces attaques sont une stratégie du régime de favoriser l’insécurité pour repousser aux calendes grecques la tenue d’élections en République démocratique du Congo. Pour preuve, depuis la première attaque suivie d’une évasion spectaculaire de plus de 4 000 prisonniers, celle de la prison centrale de Makala à Kinshasa, des mesures idoines n’ont jamais été prises pour sécuriser les autres centres pénitentiaires du pays ou même les commissariats de police qui sont toujours dotés des cachots. Voilà qui explique la facilité avec laquelle ces évasions s’opèrent.

Plusieurs faits étayent cette thèse. À la prison centrale  de Makala, alors que l’attaque a eu lieu avant 3h00 du matin, les renforts de l’armée et de la police se sont pointés plus de trois heures après, soit vers 6h00 du matin. Pourtant, le Commissariat général de la Police nationale congolaise (PNC) et le Camp militaire Kokolo sont à moins de 5 minutes du lieu. À Beni, deux semaines avant l’attaque de la prison de Kangbayi, la société civile avait alerté sur l’imminence d’une attaque. Mais rien n’a été fait pour l’en empêcher.

 

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