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RDC : La cas Kabila embarrasse toute une région

Écrit par afrique.lalibre.be, Publié mardi 01 aout 2017 le . Publié dans Online Dépêches

« Personne, dans la région, n’a envie de voir Kabila rater sa sortie. Mais, dans le même temps, aujourd’hui, plus personne ne pense qu’il soit en mesure de se maintenir au pouvoir très longtemps”, explique, ce lundi matin, un diplomate de la République du Congo voisine. Pour ce Brazzavillois, “une implosion de la République démocratique du Congo serait aussi une catastrophe pour tout un sous-continent et même au-delà. Il faut donc trouver une solution pour une alternance la moins chaotique possible”.

 

Les présidents de la région sont très embarrassés et cet embarras va croissant chaque jour. Depuis des mois, les officines de la région scrutent attentivement ce qui se passe à Kinshasa et craignent qu’un embrasement de Kinshasa ne mette le feu aux poudres chez eux. “Beaucoup de présidents dans la région ne sont pas mieux élus que Joseph Kabila. Ils sont quelques-uns dans ce coin à avoir trouvé des arrangements pour le moins particulier, et c’est un solide euphémisme, avec les textes légaux pour se maintenir au pouvoir”, rappelle cet ancien diplomate français qui poursuit : “ils savent que si Kabila est chassé par la rue, cela risque de donner des idées chez eux. La révolution au Burkina Faso a fait naître des ambitions dans pas mal de pays. Mais jusqu’ici, les chefs d’Etat africains du coin se sont accrochés sans trop de mal au pouvoir. Ils savent qu’une répétition de ce phénomène dans un pays de la taille et de l’importance stratégique de la République démocratique du Congo pourrait avoir des conséquences beaucoup plus dramatiques pour eux. C’est pour cela qu’ils sont tiraillés. Ils n’ont pas envie que Kabila soit chassé mais ils savent que s’il ne trouve pas une solution rapide ce sera inévitable. L’équation est compliquée”, poursuit l’ancien ambassadeur français.

Les parrains

En Afrique centrale, deux hommes apparaissent comme les parrains, le Congolais Denis Sassou Nguesso et l’Angolais José Eduardo Dos Santos. Le premier vient de remporter sans surprise les législatives. Malgré ce succès… discutable, il traverse des moments difficiles avec l’ancienne métropole française et sait que sa proximité géographique avec la RDC voisine (entre Kinshasa et Brazzaville il n’y a comme frontière que la largeur du fleuve Congo) en fait la première victime potentielle colatérale  d’un tsunami kinois.

Le poids angolais

Le second, le vétéran angolais, 74 ans et à la tête de l’Etat depuis 1979, est sur le départ. Des élections générales sont prévues le 23 août. Son parti, le MPLA, devrait l’emporter et devrait ensuite élire son successeur, l’actuel ministre de la Défense angolaise José Lourenço. Tout est écrit… sauf en cas d’explosion de violence en République démocratique du Congo avec laquelle l’Angola partage plus de 2 000 kilomètres de frontières. Les violences au Kasaï, dans lesquelles les forces armées congolaises ont été clairement accusées de porter une lourde responsabilité, tant par les organisations de défense des droits de l’homme que par les Nations unies, ont jeté plus de 1,4 million de Congolais sur les routes de l’exil, plusieurs dizaines de milliers ont pris la direction de l’Angola, déjà en prise à une violente crise économique. La goutte qui a fait déborder le vase pour l’Angola qui a depuis multiplié les gestes de mauvaise humeur à l’égard de Kinshasa: de l’abandon de la coopération militaire à la fermeture des frontières, sans oublier le rôle joué par le beau-fils du président Dos Santos, Sindika Dokolo, quadra congolais qui a épousé Isabelle, la businesswoman de la famille. Depuis plusieurs semaines, Sindika Dokolo est entré en conflit ouvert avec le pouvoir en place à Kinshasa. “Je ne supporte plus la barbarie qui sévit en RDC”, avait-il expliqué, le 30 mai dernier sur le site lalibreafrique.be. Même si Sindika Dokolo dispose d’une marge de manœuvre par rapport à son beau-père, il ne fait guère de doute que son offensive contre le régime Kabila et ses dérives n’a pas été déclarée sans l’assentiment de Luanda. Le président Dos Santos a d’ailleurs laissé entendre qu’il espérait que la crise congolaise soit réglé avant de passer la main, début de l’année prochaine à son successeur.

De Bujumbura à Libreville en passant par Yaoundé

A côté des deux parrains de l’Afrique centrale, le nombre de présidents de la sous-région qui scrutent d’un œil aussi attentif que craintif la situation à Kinshasa sont légion. Le Gabonais Bongo, réélu dans des conditions douteuses, s’est jusqu’ici montré assez solidaire à l’égard du clan Kabila. “Mais pas au point de se mettre en danger pour Kabila”, explique l’ancien diplomate français.

Le Burundais Nkurunziza, lui, s’est assis sur sa Constitution pour se maintenir au pouvoir. Souvent cité comme un “exemple” suivi par Kinshasa pour ses dérives autoritaires et ses violences, l’homme de Bujumbura sait qu’en cas de déflagration en RDC voisine, la vague ou le ressac finira par l’emporter.

Le Cameroun d’un Paul Byia chancelant, la République centrafricaine toujours mal en point, le Soudan du Sud ou même la Guinée équatoriale, avec un pouvoir de plus en plus mal menée pour ses excès de tous ordres, suivent avec angoisse les sursauts congolais. Même le sphinx rwandais Paul Kagame, qui doit être réélu dimanche prochain, a pris conscience que soutenir Kabila pouvait s’avérer très dangereux. Le régime congolais vacille et est de plus en plus isolé sur la scène mondiale et régionale.

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