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Message de la CENCO ou le dilemme congolais du XXIème siècle:

Écrit par Pierre Anatole MATUSILA MALUNGENI NE KONGO. Publié dans A la Une

Marcher vers le changement ou rétablir l’ordre ancien ?

Le rapport final de la 54ème Assemblée Plénière Ordinaire de la Conférence épiscopale nationale du Congo, CENCO en sigle, rendu public le 23 juin 2017 domine aujourd’hui le débat en RDC.  La cristallisation de l’opinion publique sur cette nouvelle prise de position des princes de l’Eglise s’explique globalement par le fait que, la CENCO est perçue aujourd’hui comme l’artisan de l’architecture politique transitoire post 19 décembre 2016 dans son rôle de facilitateur dans le cadre du dialogue du centre interdiocésain. Cette charge politique historique enracinée idéologiquement dans la Doctrine Sociale de l’Eglise justifie les prises de position et la  pugnacité de la CENCO se refusant de servir de victime expiatoire face à une classe politique congolaise qui se dérobe de plus en plus du schéma consensuel de la Saint-Sylvestre (point 17).

Ce rapport de 24 points éclatés en 3 sections, rédigé dans un style emprunté de l’Ecclésiaste, qui débute par la conclusion (le pays va très mal (Section A)) et finit par des exhortations à l’endroit de l’ensemble du peuple et particulièrement des fidèles catholiques (origine de la crise et pistes de sortie (section B et C)), serait, de notre point de vue, une suite logique de la déclaration fracassante de la CENCO du 21 avril 2017. Dans cette déclaration, la CENCO a qualifié la désignation de Monsieur Bruno Tshibala à la Primature d’entorse à l’accord du 31 décembre 2016 et en appelait à l’application intégrale dudit accord.

Cette première prise de position d’avril 2017 était en réalité l’expression du malaise ressenti par la CENCO et qui a cherché à attirer l’attention de la communauté tant nationale qu’internationale sur les ambitions du régime de Kinshasa de sortir de l’esprit de l’accord trouvé pour mettre en œuvre son propre plan après l’occlusion factice des négociations du Centre interdiocésain sur les arrangements particuliers. Ce contre-schéma ou schéma alternative consacre ouvertement la confiscation ou la prédation du pouvoir de l’Etat par la Majorité Présidentielle. C’est ce qui est d’ailleurs rappelé de façon on ne peut plus claire dans le rapport final de la 54ème Assemblée plénière ordinaire du 23 juin aux sections B et C sur les origines de la crise et les voies probables de sortie.

Si l’accord du 31 décembre est présenté par les princes de l’Eglise comme l’unique feuille de route dont la mise en application intégrale peut contribuer à sortir le pays de cette crise multiforme (point 20), ceux-ci fustigent en même temps aussi les stratégies imaginées par les acteurs politiques pour vider ce dispositif (Accord) ainsi que son addendum (arrangement particulier) de leur contenu ou substance (point 15 et 16). La dichotomie dans le discours n’est pas un lapsus mais un message en soi. L’Eglise établit l’échelle de responsabilité face à la réalité de l’enlisement de cette crise.

Le constat établi à la section A sur l’état de pourrissement du pays est un constat véridique que tout congolais honnête et réfléchi peut dresser. Tous les indicateurs socio-économique, sécuritaire, humanitaire et droit de l’homme sont au rouge. La crise est bien réelle, la nation est bel est bien en danger il faut réagir plutôt que de se morfondre dans l’expectative. : « Il est impérieux de nous impliquer nous-mêmes, de prendre notre destin en main, sinon notre avenir sera hypothéqué pour longtemps ». (Point 18).

C’est à ce niveau que le dilemme congolais du XXIème siècle se pose : risquer le pari du changement par l’assumation par le peuple de son destin ou se figer dans la torpeur et laisser le projet de restauration de l’ordre ancien s’établir durablement. Là est la question. Le choc est donc évident. Le désir de changement va se frotter à l’ambition d’une restauration de l’ordre politique d’avant 1997 dissimulée dans l’idée du référendum constitutionnel qui se faufile déjà dans l’opinion.

Ce n’est désormais un secret pour personne que le Schéma de sortie du Centre interdiocésain est dépassé, la Majorité Présidentielle évolue dans une logique diamétralement opposée de celle convenue le 31 décembre 2016 quitte à se servir des frondeurs du Rassemblement pour de besoin d’esthétique politique. La stratégie de la MP consiste à gagner le maximum de temps pour profiter d’un pourrissement favorable car, tout analyste politique sait qu’un mauvais gouvernement, vaut mieux qu’une absence de gouvernement (anarchie). La longévité de l’illégitimité finit par créer des conditions d’accommodement de l’environnement.

Avec le temps, les puissances du monde finissent par s’accoupler à des régimes jugés au départ indigestes à condition que les Etats-victimes opèrent minutieusement et convenablement la redistribution des cartes.  Ce ne sont donc pas des exemples qui manquent en Afrique et dans le monde.

L’alchimie politique voire diplomatique actuelle consisterait pour chaque formation politique ainsi que pour les partenaires de la RDC soit de jouer à la conciliation avec la MP dans sa logique désespérée de quadrillage et de monopolisation de l’espace politique (fin de la démocratie) soit de s’opposer à ce schéma vaniteux au nom d’une logique concurrentielle propre aux régimes démocratiques.

S’agissant du processus électoral et de l’organisation des élections à la fin de cette année, seule piste de sortie pacifique de la crise actuelle (point 21), les Evêques affichent sans détours leur scepticisme. Par ailleurs, dans une savante prospective politique, ces derniers redoutent une conflagration avenir qu’ils condamnent à l’avance (point 22). La nature n’aimant pas le vide, l’automaticité de la substitution du mécanisme pacifique de sortie de crise par celui qui ne l’est pas n’est plus à écarter dans le cas du Congo.  Les fronts encore courbés (point 18) que le peuple congolais devra redresser, serait-ce pour aller aux urnes afin de se choisir pacifiquement des nouveaux dirigeants ou serait-ce pour aller à l’abordage ou à la collision ? Comme le disait Marx, la synthèse est attendue dans une phase ultérieure de l’histoire.

En conclusion, plutôt que d’espérer en la tenue d’un troisième dialogue préventif, après ceux de la cité de l’Union Africaine et du Centre Interdiocésain, nos Pères spirituelles nous rappellent  simplement les réalités moroses qui sont celles du Congo et des congolais aujourd’hui, ainsi que des formules qui sont à la portée des opérateurs politiques principalement pour échapper au destin chaotique qui se profile.

Le choc du 19 décembre 2016 n’était donc pas annihilé mais simplement repoussé de quelques mois. La prudence et la raison s’imposent si nous tenons à la paix. La RD Congo, notre pays, est malheureusement en passe d’épuiser toutes les voies possibles d’un règlement pacifique de sa crise, si ce n’est peut être pas déjà le cas.

Honorable Docteur Pierre Anatole MATUSILA MALUNGENI NE KONGO

 

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