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Afrique subsaharienne: Immigration et conflits identitaires s’invitent au débat à Goma

Écrit par Stanislas Ntambwe, Envoyé spécial à Goma. Publié dans Online Dépêches

Interpellés par le sens du devoir, les intellectuels africains entendent jouer leur partition en proposant des solutions pratiques face à ce phénomène qui a pris une ampleure inquiétante dans le monde et cause plusieurs victimes.

La part des migrants dans les conflits identitaires actuels dans le monde et l’impact (positif ou négative) des mouvement migratoires des populations, sont des questions majeures qui nécessitent une politique globale bien murie et étudiée par des experts pour stopper l’hémorragie.

C’est dans cette perspective que l’Institut interculturel dans la région des Grands Lacs (Pole Institute) organise, du 03 au 04 juillet 2017 à Goma (Nord-Kivu), un Colloque international sur l’immigration et les conflits inter-communautaires en Afrique subsaharienne.

Placé sous le thème “Mobilité des populations et conflits au XXIème siècle”, ce Colloque se veut, non seulement, un cadre de réflexion sur la problématique de l’immigration en Afrique, mais aussi, un “laboratoire” thérapeutique à cette “pandémie” aux conséquences incalculables. Plusieurs personnalités du monde intellectuel africain sont invitées d’y prendre part. Pendant ces deux jours, nombreuses questions devront faire l’objet d’un débat dans la perspectives d’aboutir, à l’issue des travaux, à des solutions qui s’imposent.

Causes

En effet, chaque jour qui passe, de nombreux africains meurent en cherchant à joindre l’Occident, espérant avoir une “vie meilleure”. Ce voyage est aussi périlleux qu’une véritable traverse du désert couplée des noyades et autres drames inhumains. Cependant, les causes de cet exode sont bien connues: l’insécurité, la guerre, la faim, la recherche d’un mieux vivre et d’un mieux être ailleurs que chez soi.

Or, les portes se referment partout et le repli national ou ethnique devient incontournable. La crise syrienne, afghane, libyenne, somalienne, Burundaise etc… et leurs millions de réfugiés ont fait éclater les limites de la tolérance issue des traditions religieuses et de la déclaration universelle des droits de l’homme, au point de voir émerger les populistes de tous poils. Ces derniers vendent la peur à une audience paumée, frôlant elle-même le seuil de la pauvreté, victimes comme des milliers d’autres des conséquences de la globalisation et de l’aventure néo-libérale qui, elle aussi, semble avoir atteint ses limites.

Des perspectives sombres se dessinent au début de ce 21ème siècle et les tendances d’isolationnisme ou de protectionnisme du genre Brexit ou de repli ethnique doivent être analysées non pas pour colmater les brèches - car la pression est forte - mais pour trouver des solutions apaisées et acceptables pour un contexte complexe.

Entre migrations et conflits

Par ailleurs, un facteur important qui explique le lien entre migrations et conflits en Afrique Subsaharienne est la relation entre les autochtones et les allochtones. Dans certains pays africains, les questions migratoires ont été à la base des conflits violents qui ont fait des milliers de morts. Plusieurs exemples existent dans cette partie du monde pour illustrer comment la migration a été et/ou est catalyseur des conflits violents.

Les cas du conflit qui a opposé les ressortissants du Kasaï aux Katangais dans les années 90, et des conflits dans le territoire de Masisi entre Hunde et immigrés Banyarwanda issus de la période coloniale, illustrent l’éternelle revendication de ceux qui se sentent « autochtones » de rejeter - au besoin par la force - tout « étranger » de leur territoire, même s’il est citoyen du même pays.

En République démocratique du Congo (RDC), depuis une décennie, on assiste aux mouvements des populations à la recherche de terres arables dans les autres provinces du pays. Une partie importante de la communauté nande s’est installée durablement dans la province orientale, en territoire de Mambasa. Une autre grande communauté hutu s’est installée dans les régions de Geti et de Boga en province orientale sur des terres achetées aux autochtones locaux qu’ils cultivent en inondant les marchés locaux de leurs produits.

Accompagnement

Les populations locales, toutes origines confondues, sont contentes d’avoir les produits agricoles de bonne qualité et moins chers. Mais, les « autochtones » se demandent comment une grosse population « étrangère » en provenance de la province du Nord-Kivu s’est installée chez eux sans accompagnement d’aucune autorité légale. Et si demain ces populations, nombreuses dans les endroits qu’elles occupent, demandent leur représentation politique dans les structures locales du pouvoir, comment les locaux vont-ils chercher à les en empêcher sans confrontations violentes? Comment éviter voire apaiser le malaise des populations locales qui se sentent envahies par les nouveaux venus sans qu’aucune administration locale ne bouge le petit doigt?

L’insécurité, notamment dans la partie est de la Rd Congo, a poussé de milliers de déplacés internes qui sont venus grossir les villes locales, havres de paix pour la plupart en comparaison aux zones rurales, à la merci de la loi du plus fort. Une ville comme Goma est passée d’à peine deux cents mille habitants à quasiment un million, sans qu’aucune infrastructure de base en eau, en électricité ou en logement ne suive. Comment répondre adéquatement à une telle urbanisation accélérée ?

Conflits identitaires

Notons que l’avènement de la démocratie en Afrique a vu aussi les conflits politiques exacerbés par les questions migratoires. En effet, les élections démocratiques deviennent un enjeu important lorsque les populations autochtones sont minoritaires et ont peur de perdre leur domination politique. Ce combat purement politique se transforme très rapidement en conflits ethniques dans un contexte où l’ethnie devient une sorte de refuge lorsque les individus sentent que l’Etat n’a plus suffisamment des moyens pour les protéger.

Au regard de tout ce qui précède, on pourrait se demander d’un côté, la part des migrants dans les conflits identitaires actuels et de l’autre, évaluer l’impact positif ou négatif des mouvement migratoires des populations.

La coopération entre Etats voisins de la région est aujourd’hui perçue comme un gage de paix durable. Certains Etats comme ceux de l’Afrique orientale travaillent sur les possibilités de la cogestion des frontières et des flux des populations comme moteurs d’un développement économique partagé. De tels essais sont à encourager et surtout faudra-t-il analyser les leçons à tirer et éventuellement partageables.

Conscience collective face aux défis planétaires

En outre, un défi collectif tel le réchauffement climatique et son impact sur la survie des populations, sont une conséquence directe des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés qui interrogent aujourd’hui non seulement le modèle néo-libéral du développement et ses limites actuelles, mais aussi, l’incapacité de certains pays riches à s’inscrire dans une solidarité collective partagée pour trouver de solutions idoines. Comment s’assurer une conscience collective face aux défis planétaires ?

La pertinence de toutes ces questions prouvent à suffisance l’intérêt de ces assises. Ainsi, des réponses appropriées sont aussi nécessaires sur les plans local, national et global.

A l’issue des travaux, des résolutions et recommandations y afférentes seront proposées aux décideurs de la région et du monde, en vue de leur légalisation et applicabilité. De ce fait, l’élite africaine aura joué sa partition dans la résolution de la double problématique de la Mobilité des populations et les divers conflits identitaires qui en résultent.

 

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