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Bruno Tshibala : une investiture sur fond de contestation

Écrit par Pitshou Mulumba.

 

L’hémicycle du Palais du peuple a ressemblé, mardi 16 mai, à un stade de football où les supporters rivalisent d’ardeur par des animations chaudes destinées à réveiller les athlètes sur l’aire de jeu. Et pourtant, le rendez-vous du jour était politique avec la présentation du programme du gouvernement suivie de son investiture à l’Assemblée nationale.

C’est avec des huées et des sons des Vuvuzela (ce long cor utilisé par les supporters de football en Afrique du Sud), que les députés du Rassemblement  ont exprimé leur rejet de l’investiture de Bruno Tshibala! Après avoir soutenu avec arguments à l’appui, la motion incidentielle appelant le rejet de l'investiture du gouvernement Tshibala, ces élus du peuple ont à la détermination d’une majorité déterminée à imposer son schéma. Néanmoins, c’est tout un message qui passe. Un message révélateur de la persistance de la crise et même de son aggravation à la suite de la controverse dans la compréhension et l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Devant le micro, le député Udps Coco Munongo, auteur de la motion incidentielle contre Tshibala, est allé droit au but : « Investir le Premier ministre Tshibala, c'est violer l'esprit et la lettre de l’Accord du 31 décembre 2016 », a-t-il dénoncé. Il a prévenu la représentation nationale sur l'aggravation de la crise actuelle dans la mesure où le Premier ministre nommé est contesté de toutes parts après avoir été exclu de son parti, l’Udps et du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.

La tension due à la contestation de Brunon Tshibala duré plus d’une demi-heure. Comme pour punir l’Opposition, le signal de la Télévision nationale (RTNC) qui retransmettait en direct l’événement a été coupé. Quelques minutes après, c’est le tour de celui de la RTNC3, chaine dite institutionnelle. La plénière a repris, sans les députés nationaux membres du Rassemblement. Il s’agit des élus du groupe parlementaire Udps et alliés et les élus des partis du G7.

À cet incident s’est ajouté d’autres : le manque de normes protocolaires de la part du Premier ministre qui a demandé à l’assistance d’observer une minute de silence en mémoire d’Étienne Tshisekedi sans s’adresser préalablement au président de l’Assemblée nationale.

Finalement, l’investiture du gouvernement est intervenue tard dans la soirée, à l’issue d’un débat houleux. Le Premier ministre a présenté un programme ambitieux dont le premier chantier serait « les élections ». Et pour y arriver, Bruno Tshibala a promis de mobiliser les moyens tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays pour assurer l’organisation des élections dans le délai convenu.

 

Le chef du gouvernement a laissé entendre que lui et son équipe auraient la prétention de maitriser la crise économique et d’endiguer l’insécurité notamment au Kasaï. Et pourtant, il lui reste encore une autre tâche à accomplir, à savoir l’élaboration du budget 2017, tenant compte du contexte socio-économique du pays. En termes des chiffres, le nouveau gouvernement a dit se faire l’obligation de mobiliser 526 millions de dollars pour financer les trois premiers scrutins prévus à la fin de l’année en cours. Il a même envisagé la rationalisation du mode de scrutin actuel en instaurant un seuil d’éligibilité de 5 à 10 %.  Cette proposition, comme d’autres innovations qu’il entend introduire dans le système électoral seraient, selon de nombreux experts, techniquement limitées  du fait que le processus d’installation de la fibre optique en RDC reste une gageure. Cette volonté du Premier ministre de réussir là où ses prédécesseurs  ont échoué a conduit la plupart des élus du peuple à qualifier son programme de «catalogue de bonnes intentions».  Seule la suite des événements indiquera s’il aura eu ou pas les moyens de sa politique. D’ores et déjà, Bruno Tshibala devra s’armer davantage lorsqu’il s’agira de défendre le budget 2017. 

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