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Lu pour vous: « De la décolonisation mentale. Mabika Kalanda et le XXIème siècle congolais »

Écrit par Médard Muyaya le . Publié dans Culture

La remise en question. Base de la décolonisation mentale, est un essai phare de Mabika Kalanda, penseur congolais né en 1932 et décédé en 1995. A l’occasion du cinquantième anniversaire de la rédaction de ce livre, un groupe d’intellectuels, sous la direction du professeur José Tshisungu wa Tshisungu, s’est penché sur cette œuvre en vue de penser le Congo-Kinshasa du XXIème siècle.

Publié aux Editions Glopro en janvier 2016 à Toronto (Canada) sous la direction du professeur José Tshisungu wa Tshisungu, ce recueil de 301 pages contient 15 textes de différents chercheurs. Ils ont tenu un symposium dans le but d’immortaliser Mabika Kalanda et son œuvre. Le premier texte de ce condensé est écrit par José Tshisungu wa Tshisungu, l’organisateur. Il est intitulé comme suit : « Sur les traces de Mabika Kalanda ».

D’entrée de jeu, Tshisungu wa Tshisungu fait savoir que la remise en question. Base de la décolonisation mentale, livre paru chez l’éditeur bruxellois de la rue aux Laines en 1967, Remarques africaines, eut un retentissement continental et apprit à son auteur à se protéger de la soudaine célébrité. « Le livre inspira de nombreuses recherches en sciences sociales et humaines et stimula la réflexion dans divers domaines de la vie africaine jusqu’à pousser à la radicalité l’écrivain kenyan Ngungi wa Thongu pour qui la décolonisation consiste en une entreprise de décolonisation de l’esprit », a-t-il indiqué.

Pour lui, on a vite compris que les idéologues de l’authenticité, thuriféraires à mi-temps tentaient avec méthode de masquer les contradictions internes du régime. « Ils s’attachaient au folklore, à la récréation artistique et au culte de la personnalité pour maintenir sous perfusion un système de gouvernance condamné à la disparition. Mabika Kalanda a alors entendu dire que la crise structurelle dont souffrait le pays était due à l’imposition de la pensée occidentale, que le passé ancestral fut une très longue période de grandeur et de dignité sur un territoire où coulaient l’or et le miel », a-t-il circonscrit.

 

Un ouvrage d’une richesse immense

De ce fait, relève-t-il, le recours à l’expérience historique des peuples du Bassin du Congo signifiait pour le maréchal Mobutu « l’affirmation de l’homme tout court, là où il est, tel qu’il est, avec ses structures mentales et sociales propres ». Les réflexions de Mabika Kalanda sur les dérives du discours de l’authenticité ne furent jamais révélées au public, a-t-il poursuivi. « Vingt ans après sa mort, notre penseur politique mérite toujours le qualificatif d’intellectuel qui l’accompagnait partout où il s’adressait à des auditoires tantôt acquis à ses thèses, tantôt hostiles à son image de gourou spiritiste qui précéda de quelques années sa disparition », a-t-il  martelé.

Préoccupé, Tshisungu wa Tshisungu démontre que pour célébrer le cinquantième anniversaire de la « Remise en question », dont Mabika Kalanda termina la rédaction en 1965, à Mbuji-Mayi, un passionné de la sociobiologie, le docteur Majambu Mbikayi, un philosophe spécialiste en théorie éthique, le docteur Shimbi Katchelewa, et lui-même avaient lancé en janvier 2015 un appel à communication aux personnes intéressées à la pensée kalandienne. Il dit avoir reçu une trentaine de textes d’inégale valeur. « Ceux qui ont été retenus ont donné lieu à un débat au colloque sur Mabika Kalanda et le XXIème siècle congolais tenu à Montréal, le samedi 30 mai 2015. Ces textes sont rassemblés ici. Ils jettent un regard critique sur ce livre emblématique, identifient des repères pour notre temps et expliquent l’actualité d’une œuvre qui n’a rien perdu de son odeur de sainteté et de sa virginité séminale », a-t-il soutenu.   

 

Dans sa conclusion, le professeur Tshisungu affirme que l’exercice réflexif et analytique a donc produit un volume dont on mesurera à bon escient l’intérêt épistémique en parcourant chaque texte. «  On y verra l’effort d’objectivation de la remise en question et le décollage conceptuel qui engendrent un savoir maîtrisé. Le travail d’intelligibilité d’un ouvrage d’une richesse si immense soulève des questions de méthode auxquelles ont été attentifs les contributeurs, chacun selon son angle de vue », a-t-il conclu.  

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