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Cinq questions à Matthieu Kalele (*)

Écrit par Propos recueillis par Médard Muyaya. Publié dans 5 Questions à...

1. Le Rassemblement accuse Joseph Kabila d’exacerber les tensions au pays. Pourquoi ce procès d’intention ?

 

Il n’y a pas de procès d’intention. Nous avons convenu avec la famille politique de M. Kabila d’un certain nombre de principes qui ont été coulés dans des accords. Ces accords ont été signés de bonne foi par les deux familles politiques le 31 décembre 2016. Les étrangers et nous-mêmes avons constaté que ce qui a été convenu ne correspond plus à ce qui se fait maintenant. Illustration : nous avions convenu que le Rassemblement présentait un Premier-ministre à Joseph Kabila qui le nomme. Nous constaterons qu’après la mort de M. Tshisekedi, on ne parlera plus du Premier ministre, on exige une liste de candidats premier ministre variant entre 10, 7, 5, 3. C’est de l’arbitraire. Il en est de même de la désignation du président du Conseil national de suivi de l’Accord. Ce dernier vient du Rassemblement. D’abord, il est président du Conseil des sages. Mais le constat est que M. Kabila instruit ses hommes y compris ceux qui ne sont pas signataires de l’Accord de la Saint-Sylvestre à siéger et délibérer. Ce, en perspective de la désignation du président du Conseil national de suivi. Ce qui n’est pas de leurs prérogatives. En somme, le jeu qui se joue maintenant met la démocratie en péril. 

 

Si nous revisitons le préambule de notre Constitution, il dit que depuis notre accession à l’indépendance, nous sommes partis de crise en crise ; que la raison fondamentale, c’est le non-respect des règles démocratiques, la non-prise en considération de la volonté du peuple. Aujourd’hui, en refusant d’organiser les élections en 2016, en refusant d’organiser les élections des députés provinciaux, en maintenant indéfiniment le Sénat et en ne respectant pas l’Accord du 31 décembre, M. Kabila veut se maintenir au pouvoir pour une présidence à vie. C’est ce que le Rassemblement lui reproche. Il n’y a pas de procès d’intention, on lui fait simplement remarquer qu’il faut respecter les textes.

 

2. Pensez-vous que les bons offices de la MONUSCO peuvent changer la donne politique ?

 

Non. S’il n’y a pas de volonté politique de la part de M. Kabila de respecter les prescrits de la Constitution et des accords; ces bons offices ne déboucheront sur rien du tout. Ils connaîtront le sort réservé à la CENCO. Ce n’est pas le Rassemblement qui a fait appel aux évêques, c’est Kabila. Et c’est lui qui a instruit sa famille politique de ne pas accepter telle ou telle autre disposition de l’accord.  

 

3. La Majorité présidentielle estime que dans la mission lui confiée, la CENCO est allée au-delà de ses prérogatives. Qu’en dites-vous ?

 

Il faut qu’elle nous précise d’abord quelles étaient ces prérogatives. On a demandé à la CENCO     de réunir les deux familles politiques, de les amener à se mettre d’accord sur un certain nombre de points. C’est ce que la CENCO a fait. Mais, lorsqu’elle constate au finish que la famille présidentielle, sur instruction de son autorité morale, ne veut pas respecter certains termes de cet accord, particulièrement la procédure pour nommer le Premier ministre et désigner le président du Conseil national de suivi ; par le truchement de ses disciples, Kabila monte au créneau et estime qu’on n’a pas à lui dicter ce qu’il doit faire. Qu’on le laisse plutôt nous imposer sa volonté à lui.

 

4. Pourquoi ce jeu de ping-pong dans le rapatriement de la dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi ?

 

Je pense simplement qu’on ne veut pas du côté de la famille présidentielle rendre les honneurs mérités à M. Tshisekdi. On continue à le haïr même après sa mort. Et ce n’est pas un seul cas du genre. Nous avons aussi connu le cas de Mamadou Ndala, dont les funérailles ont été sabotées d’abord,  par le rapatriement du corps nuitamment du Kivu au camp Kokolo d’accès difficile pour la plupart des civils. Ensuite, en faisant coïncider le jour des funérailles avec l’ouverture d’une session dans les deux Chambres du Parlement en vue d’empêcher sénateurs, députés et autres dignitaires de lui rendre des honneurs dignes d’un grand héros, enfin par un enterrement anonyme selon les rites musulmans.  

 

5.  Les opérations d’enrôlement sont différées dans les provinces du Kasaï et du Kasaï Central. Si le calme n’y revenait pas tôt, qu’adviendrait-il ?

 

D’abord, il faut savoir s’il y a volonté d’organiser les élections. Remontons en 2016, pourquoi M. Kabila n’a pas organisé les élections, aussi bien les provinciales dont les cautions étaient déjà payées par les candidats? 

 

 

(*) Professeur à la Faculté des Sciences sociales de l’UNIKIN et président national du Front pour un nouveau type de Congolais  (FNTC)

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