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Présidentielle française/Macron et Le Pen : deux patriotes que tout oppose

Écrit par Robert Kongo, correspondant en France le . Publié dans Internationale

Emmanuel Macron et Marine Le Pen utilisent tous deux le mot « patriote ». Chaque candidat a sa propre définition de cette notion. En réalité ils s'en  servent chacun pour mieux attaquer l’adversaire.

Un mot, deux définitions. Depuis dimanche 23 avril, au soir des résultats du premier tour de l’élection présidentielle française, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se présentent comme les candidats des « patriotes ».

Pour le chef de file d’ « En Marche ! », qui s’est présenté comme le futur « président des patriotes »,  « Il n y a pas plusieurs France, il n y en a qu’une, la nôtre,  la France des patriotes dans une Europe qui protège et que nous aurons à refonder ».

Et selon la candidate du Front national, « Le patriotisme, c’est de l’amour, un sentiment profond que l’on a ou que l’on n’a pas, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne le ressent pas chez Emmanuel Macron, ni à l’égard de la France, ni à l’égard des Français ».

Le patriotisme : De la Gauche révolutionnaire à l’ extrême droite

Comment expliquer que deux camps si opposés, et qui se regardent en chiens de faïence, utilisent le même terme ?

D’après le Larousse 2017, le patriote est « une personne qui aime sa patrie, qui s’efforce de la servir ».  

Du côté de l’histoire, « La notion fait référence aux partisans de la Révolution française. La  défaite de 1870  face  aux Allemands la fait basculer à droite, puis à l’extrême droite dans les années 1880 »,  rappelle l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste de l’extrême droite et du fascisme.

Dans le discours politique, le terme est utilisé depuis des années par le Front national. Mais, depuis le début de la campagne présidentielle française 2017, il apparaît chez d’autres candidats, à droite (François Fillon ou Nicolas Dupont-Aignan) comme à gauche (Jean-Luc Mélenchon ou Arnaud Montebourg).

Interrogé sur la tonalité « plus patriote » de sa campagne, Jean-Luc Mélenchon, le tribun de « la France insoumise », indiquait récemment sur BFM TV  vouloir « reprendre des symboles (Le drapeau, La Marseillaise) historiquement liés à la mouvance progressiste plutôt qu’à l’extrême droite ».

Aux meetings d’Emmanuel Macron, les drapeaux français (et européens) sont également largement distribués.

« Dans la France post-attentats, on voit émerger un retour de ces deux patriotismes historiques, à travers l’utilisation du mot patriote et de ses symboles », reprend l’historien. Un patriotisme à gauche, celui d’une France universelle ouverte sur le monde, qui est celui d’avant 1870. Et un patriotisme qui reprend les codes de l’extrême droite de la fin du XIXe siècle avec le rejet de l’autre autant que le culte du nous ».

Nationalisme et mondialisme

Quid de l’utilisation de ce terme par les deux candidats qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle française ?

Emmanuel Macron oppose le « patriote » au « nationalisme dominateur » de Marine Le Pen. Et cette dernière oppose le «  patriote »  au « mondialisme » de son adversaire.  

« Je suis le candidat d’une France ouverte, ce qui me paraît être la définition même du patriotisme. Je suis l’ennemi du nationalisme, dont madame Le Pen est la candidate », assurait Emmanuel Macron lors d’un entretien à BFM TV.

Le nationalisme «  dominateur » est une idéologie politique qui donne la primauté à la nation par rapport à toute autre considération dans les relations internationales.

Ce nationalisme peut trouver son origine dans des peurs provoquées par des dangers extérieurs ou par un ennemi intérieur (Xénophobie et antisémitisme). Il conduit alors à un certain isolement et au retour vers le système de valeurs sur lequel est fondée la nation. Le nationalisme est une des caractéristiques du Front national en France et des nouveaux mouvements politiques d’extrême droite européens. 

« Le nationalisme, c’est la guerre », ne cesse de répéter François Hollande, qui a appelé  à voter Macron, et reprend le message ultime de François Mitterrand dans son dernier discours de président, à Berlin, le 8 mai 1995. 

La charge de François Hollande contre la montée du nationalisme résonne avec celle d’Emmanuel Macron qui entend rassembler les patriotes contre le danger du nationalisme.

De son côté, Marine Le Pen tente, avec l’usage du mot «  patriote », de pourfendre «la mondialisation sauvage la plus brutale et la dérégulation notamment du droit du travail » pour capter l’électorat de gauche, mais aussi de dénoncer  « l’immigration massive, et la fracturation en communautés » pour capter celui de droite.

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