Imprimer

Olivier Kamitatu à La Libre Belgique : « Nous sommes face à une vraie dictature »

Écrit par La Libre Belgique/LP. Publié dans Online Dépêches

Pour Olivier Kamitatu, Joseph Kabila multiplie les “forfaitures” pour se maintenir au pouvoir. La République démocratique du Congo s’enfonce jour après jour dans une crise politique majeure, faute, notamment, du respect du calendrier électoral. Bilan : plus aucun élu, du président aux sénateurs en passant par les députés, ne dispose de la légitimité des urnes. La dernière tentative de mettre la majorité présidentielle et l’opposition autour d’une table des négociations, sous l’égide des évêques congolais, a tourné court. L’accord de la Saint-Sylvestre auquel ont abouti ces négociateurs n’a jamais été appliqué. Pire, les arrangements particuliers qui devaient permettre à cet accord d’exister vraiment ont, finalement, été signés la semaine dernière sans les évêques et avec une opposition remodelée pour les besoins de la majorité présidentielle. Olivier Kamitatu, président de l’ARC et vice-président du G7 (plateforme de 7 partis politiques ayant quitté le pouvoir il y a 20 mois pour dénoncer la volonté de Joseph Kabila de conserver le pouvoir malgré les prescrits de la constitution congolaise qui lui interdit de briguer un troisième mandat) veut encore croire qu’une négociation est possible pour aller “rapidement mais sans mascarade à des élections crédibles et apaisées”.

 

Monsieur Kamitatu, on a le sentiment, à la vue des derniers événements en RDC, que le Rassemblement de l’opposition que vous représentez est hors-jeu ?

Non. L’opposition continue à porter et portera l’espoir de la population pour aller à des élections et vers une alternance démocratique. C’est notre objectif. Mais nous sommes conscients que nous avons en face de nous une vraie dictature qui entend tout faire pour se maintenir au pouvoir.

Vous espérez pouvoir revenir à la table des négociations ?

Que la majorité le veuille ou non, il y a un accord qui a été signé le 31 décembre et qui dispose que Joseph Kabila ne peut briguer un troisième mandat, ne peut modifier la constitution, ni organiser un référendum, et le tout est assorti de la résolution 2348 des Nations Unies. Il doit respecter l’accord de la Saint-Sylvestre, en finir avec ses basses manœuvres qui ne peuvent que faire exploser notre Congo. On veut donc revenir à la table des négociations pour aller aux élections dans les meilleures conditions possibles.

Des élections encore cette année ?

Un premier trimestre est déjà passé depuis le 19 décembre et la fin du dernier mandat de Joseph Kabila, le président n’a cessé de louvoyer et c’est lui, et lui seul, qui porte aujourd’hui la responsabilité de cet éventuel report. Nous ne nous résignons pas, nous refusons toute forme de fatalisme. L’enregistrement des électeurs en cours par la CENI (Commission électorale nationale indépendante) est uniquement organisé à l’avantage des kabilistes. Le Conseil national du suivi de l’accord (CNSA) prévu dans l’accord de la Saint-Sylvestre doit permettre de contrôler le travail de la CENI, c’est pour cela que Kabila ne veut pas que ce poste nous revienne. Nous voulons aller aux élections mais pas n’importe comment. Le Congo mérite mieux qu’un bourrage d’urne orchestré par le pouvoir. Le peuple congolais doit pouvoir s’exprimer librement et choisir démocratiquement le candidat de son choix.

Vous parlez de la CENI, l’enrôlement des électeurs va bon train…

Soyons sérieux, si la CENI n’est pas réorganisée ou contrôlée, les élections à venir ne seront pas crédibles pour un sou. La communauté internationale a un rôle à jouer. Elle a investi plus de 20 milliards en 20 ans au Congo. Elle ne peut tout abandonner aux caprices d’un seul homme. On peut demander que les Nations unies désignent un « Monsieur élection ». Il ne s’agit pas d’ingérence mais seulement de garantir la bonne tenue d’un scrutin qui va définir l’avenir de plus de 70 millions de Congolais. L’ONU peut même organiser les élections si tout le monde peut contrôler la transparence du processus. Nous n’avons rien à cacher, Plus il y aura de monde pour observer ce processus électoral, plus il y aura de garanties que nous éviterons la mascarade que prépare le régime.  Kabila et sa clique ne reculent devant rien. Ils dédoublent les partis politiques, instrumentalisent les politiciens véreux et vont même jusqu’à modifier les textes des accords pourtant signés avec l’opposition et les évêques congolais.

En parlant des évêques congolais, qu’en est-il du rapport de leur enquête sur le cas de Moïse Katumbi ?

Aujourd’hui, on attend avec impatience la publication du rapport final du  dialogue assorti du chapitre décrispation. On aura alors tous les éléments en main pour démontrer l’innocence de Moïse Katumbi. Les évêques ont transmis leur rapport à Joseph Kabila et il s’est assis dessus. J’espère et je ne doute pas que les évêques auront le courage de dévoiler publiquement son contenu. Les Congolais ont le droit de savoir. Une fois de plus, l’opposition demande la transparence la plus complète. Les évêques peuvent aussi envoyer ce rapport à des instances internationales comme l’Union africaine, la SADC ou l’Union européenne, pour ne donner que quelques exemples. Une fois de plus, le peuple congolais a le droit de connaître le résultat de cette enquête impartiale menée par le clergé congolais. Sans ce volet décrispation, on ne peut aller aux élections.

On a parfois le sentiment que la communauté internationale est très silencieuse sur ce qui se passe en RDC, je pense notamment à la découverte des charniers à Kinshasa et au Kasaï mais aussi à l’exécution de deux experts des  Nations unies?

On ne peut pas parler de silence. L’Onu a voté la résolution 2348 qui est un soutien clair et franc pour la mise en place de l’accord de la Saint- Sylvestre. Mais il est vrai qu’on pourrait attendre plus et mieux de la part de la communauté internationale notamment face à l’asymétrie du combat entre une population désarmée et un régime qui n’hésite pas à utiliser la violence contre ses propres ressortissants. Avec le Rassemblement de l’opposition, nous appelons à la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale et indépendante pour investiguer sur les charniers de Maluku et les 40 fosses communes découvertes dans le Kasaï. Une enquête internationale et impartiale doit aussi être menée suite au meurtre des deux experts des Nations unies. Il faut mettre un terme à l’impunité. Les responsables doivent répondre de leurs crimes. Ce qui se passe au Kasaï relève du génocide. Plusieurs centaines de milliers de Kasaïens sont contraints à l’exil. Chaque jour des Congolais  fuient leur pays pour trouver refuge en Angola. En tant que Congolais, toute cette situation est insupportable. On ne peut se résigner à vivre dans un état de terreur. Balzac disait : « La résignation est un suicide quotidien ». Cela vaut aussi pour la communauté internationale. On ne peut se taire face à un régime qui perpétue ou laisse perpétrer de tels actes inhumains.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Articles récents

Bruits des bottes
vendredi 23 juin 2017
La guerre reste donc cyclique dans la partie Est de la République démocratique du Congo et particulièrement dans les deux Kivu.  Cette partie du Congo Kinshasa est décidément, sous le régime du...