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Gestion du terril de Lubumbashi : la Gécamines bloque unilatéralement l’accès au site

Écrit par Faustin K.. Publié dans Online Dépêches

Entre la Gécamines et ses partenaires associés à la gestion du terril de Lubumbashi d’où sont extraits environ 4% de la production du cobalt commercialisé au niveau mondial, les violons ne semblent plus s’accorder. Selon une information livrée par l’agence américaine Bloomberg, depuis le 23 mars 2017, la société GTL (Groupement du terril de Lubumbashi) n'a plus accès au site de Lubumbashi dont elle exploite les scories, sur injonction de la Gécamines qui ne respecte pas le contrat. Ce différend a été porté devant le Tribunal de commerce de Bruxelles, compétent en la matière, aux termes du contrat qui lie la Gécamines au Groupe Forrest.

 

Par sa méthode unilatérale, la direction de la Gécamines, menée par Albert Yuma, met en danger 350 emplois et menace de fermeture le partenariat le plus rémunérateur de la Gécamines. Depuis le début des opérations en 2001, GTL a rapporté un milliard de dollars américains à la Gécamines. L’action de la Gécamines est donc un nouveau coup dur irresponsable pour ses propres finances et pour le climat des affaires.

Genèse du contrat

GTL est une joint-venture formée entre la Gécamines et étroitement détenue par le Groupe Forrest International. Depuis 2001, GTL retraite les scories du terril de Lubumbashi d’où elle extrait environ 5.000 tonnes métriques de cobalt par an.

Tout remonte à 1997 lorsque le Groupe Forrest International et la Gécamines, avec leur partenaire américain de l’époque, décident de créer le Groupement du Terril de Lubumbashi (GTL). De ce partenariat, la Gécamines détient aujourd’hui 30% du capital, contre 70% pour le Groupe Forrest International. Les termes du contrat stipulent que GTL achète les résidus de l’exploitation du terril de Lubumbashi, ce qui constitue pour la Gécamines de revenus très importants.

         L’achat des résidus par GTL rapporte aujourd’hui à la Gécamines plus de six millions de dollars américains chaque mois. Avec ces résidus, GTL produit 5000 tonnes de cobalt et plus de 3000 tonnes de cuivre par an grâce à des technologies de pointe. La Gécamines gagne donc sur tous les tableaux. Elle gagne de l’argent grâce à la vendre des résidus à GTL, elle gagne de l’argent grâce à la production de cobalt et de cuivre par GTL, et elle gagne de l’argent en vendant 20 000 tonnes de zinc par an que lui remet gratuitement GTL ! Avec les cours actuels du cobalt, du cuivre et du zinc, les revenus de la Gécamines pourraient se chiffrer à plus de 80 millions de dollars américains sur les douze prochains mois.

Mais, depuis le 23 mars 2017, la direction de la Gécamines a créé la surprise en bloquant l’accès au terril. À Lubumbashi, la nouvelle fait déjà grand bruit dans les milieux des miniers et génère l’inquiétude des syndicats.

Selon le directeur général de la STL, cité par Bloomberg, « la Gécamines a bloqué notre accès au site en déclarant que nous avons dépassé les limites fixées dans notre contrat ». Dans une interview accordée, le 15 avril 2017, à Lubumbashi, à l’agence Bloomberg, le directeur général a été plus tranchant : « Ce n'est tout simplement pas vrai. Malgré nos demandes, la Gécamines n'a fourni aucune preuve pour leur calcul ».

Les accusations de la Gécamines sont d’autant plus surprenantes qu’en octobre 2016, la Gécamines et GTL ont, chacun, procédé à des évaluations indépendantes précises portant sur la part du terril contractuellement lié au projet. La Gécamines et GTL sont arrivés au même résultat, qui fait l’objet d’un rapport approuvé et signé par la Gécamines, le Groupe Forrest International et GTL.

Coup de théâtre deux mois plus tard, la direction de la Gécamines lance une rumeur qui contredit tout ce qu’elle a approuvé jusque-là ainsi que les évaluations de ses propres services techniques. Elle affirme que GTL a dépassé une limite de la production totale autorisée. GTL aurait produit plus de 82 000 tonnes de cobalt. Pourtant, tous les rapports internes, approuvés par la Gécamines, démontrent une production totale de 64 500 tonnes.

Tout cela semble être un prétexte trouvé par la direction de la Gécamines, menée par Albert Yuma, pour bloquer les opérations. Dans quel but ?

Bloomberg nous apprend qu’une société nommée Shamrock Global Group Inc., a exprimé son intérêt à développer une partie du terril. Bloomberg fait état d’un pas-de-porte possible de 45 millions de dollars à la Gécamines.

IT/ Bataille juridique à Bruxelles

Clause de juridiction oblige, les deux parties discuteront de leurs prétentions respectives devant le tribunal de commerce de Bruxelles, qui a compétence en la matière, suivant les termes du contrat créant GTL.

La RDC est le premier producteur mondial du cobalt ; une composante clé des batteries au lithium-ion, largement utilisé dans la téléphonie cellulaire et les nouvelles voitures électriques. L’explosion de la demande du cobalt a entrainé une hausse vertigineuse de ce minerai durant les huit derniers mois.

Actuellement, Glencore, un des majors de l’industrie minière mondiale, a racheté la production de GTL

IT/ 350 emplois locaux en danger

Si aucune solution n’est trouvée dans les semaines à venir, l’usine de GTL devra être mise à l’arrêt. Ce sont environ 350 emplois locaux qui sont menacés. Enzo Baccari, directeur général de GTL, a déclaré à cet effet que « si je n'ai pas accès au site, je vais devoir fermer et envoyer au chômage près de 350 personnes ».

La colère des syndicats est en train de monter contre la direction de la Gécamines. Il est urgent, disent-ils, que la direction de la Gécamines change de cap et que l’emploi soit préservé. Le temps est compté.

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