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Olivier Kamitatu : « Kabila n’est plus une partie du problème, il est le problème »

Écrit par Paris Match/LP. Publié dans Online Dépêches

Ancien ministre de Joseph Kabila, Olivier Kamitatu a rejoint l'opposition en 2015. De passage à Paris, il a livré à Paris Match son analyse sur la situation politique en République démocratique du Congo.

Où en est la situation politique en République démocratique du Congo ?

Tout le monde sait que le 19 décembre 2016 a marqué le terme du second mandat du président de la République. Tout le monde sait qu’il n’a cessé ces derniers mois à saboter le processus électoral dans l’espoir assez vain d’organiser un référendum pour changer la Constitution et aller vers une présidence illimitée. Depuis janvier 2015, la population congolaise s’élève contre cette manœuvre et en a payé un sacrifie humain avec des centaines de victimes à travers tout le pays.

A quoi ont abouti les tentatives de médiations entre le pouvoir et l’opposition ?

Un premier dialogue mené par l’ancien Premier ministre du Togo, Edem Kodjo, a échoué. Une seconde tentative a été menée par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et a abouti à un accord signé le 31 décembre 2016. L’objectif de ces négociations était d’abord de pourvoir à tous les postes qui sont exercés de manière « illégitime », aujourd’hui puisque la durée légale du mandat du président a expiré. L’accord a défini une période de transition d’une durée de un an, devant conduire à l’organisation des élections démocratiques, transparentes. D’ici à décembre 2017 donc, il a été convenu que le président Kabila reste en place et que l’opposition dirige le gouvernement.

Pourquoi le clan présidentiel et l’opposition n’arrivent-ils pas à s’accorder sur la nomination du Premier ministre ?

Selon l’accord, le nom du Premier ministre doit être présenté par le Rassemblement, c’est-à-dire l’opposition. Puis conformément à l’article 78 de la Constitution, le président nomme le Premier ministre. Le président peut toujours récuser cette nomination auquel cas, un autre nom pourra lui être présenté. Mais le texte est très clair : « l’opposition soumet un nom et un seul. Le président Kabila a refusé celui de Félix Tshisekedi qui avait pourtant été désigné par son père Etienne comme son successeur avant sa disparition dans une lettre adressée aux évêques et transmise au président. Pour nous, cette lettre est un testament politique.

L’opposition n’était-elle pas parvenue à se mettre d’accord pour proposer un autre nom ?

En fait, Kabila a décidé qu’il ne voulait plus d’un, mais de cinq noms. Il est apparu clairement qu’il cherchait à saboter l’accord. Une liste lui a été présentée par un groupe de personnes issues de l’opposition mais sans l’aval du Rassemblement et sans véritable légitimité. Le président a nommé Bruno Tshibala, alors qu’il a été exclu de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), l’ancien parti d’Etienne Tshisekedi.

La communauté internationale a-t-elle réagi ?

Oui. Les réactions de l’Union européenne, de la Belgique et de la France ont été immédiates. C’est clairement une violation de l’accord. C’est tout à l’honneur de l’Union européenne, de la France de la Belgique de rester fidèles à un texte négocié sous l’égide des évêques avec l’appui de la communauté internationale.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault refuse de recevoir son homologue congolais tant que l’accord n’est pas respecté. L’UE a menacé des dirigeants de RDC de nouvelles sanctions. Est-ce suffisant pour mettre la pression ?

Oui et il faut ajouter à cela le soutien crucial des Nations unies. Le 31 mars 2017, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2348 selon laquelle tout doit être mis en œuvre pour la mise en place de cet accord. Nous sommes dans une situation de prévention de conflit et plus le temps passe, plus Joseph Kabila apparaît non pas comme une partie du problème, mais comme le problème.

Ne sentez-vous pas l’équipe de Donald Trump mollir sur le dossier de la RDC ?

Le cabinet n’est pas complet. On attend la nomination du sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines, mais Washington suit de très près la situation en RDC, car tout le monde sait qu’un affaiblissement politique aurait des conséquences terribles sur les 9 pays voisins.

Les partisans de Joseph Kabila prétendent au contraire que le pays ne tient que parce que Kabila la contrôle…

C’est faux, regardez la situation dans le Kassaï : un état absent, illégitime et contesté et des massacres. La terreur qui y est exercée, la manière de décapiter n’est pas habituelle en l’Afrique centrale. C’est un mode de violence extrême importé qui terrorise l’opinion. Combien de charniers a-t-on trouvé ?  De 3 à 7, on en est à 23.

Sait-on qui sont les responsables de ces violences ?

Deux enquêteurs de l’Onu ont été assassinés le mois dernier précisément parce qu’ils les recherchaient. On sait qu’il existe des liens avec des responsables à Kinshasa. S’ils étaient démasqués, ils seraient passibles de poursuite à la Cour pénale internationale.

Que répondez-vous aux partisans de Kabila qui accusent la communauté internationale d’ingérence ?

Les Nations unies se sont investies de manière considérable depuis 1999 avec une très forte implication de la France dans l’opération du maintien de la paix. A un milliard de dollars par an, c’est la mission la plus coûteuse et la plus importante. Grâce à cela, nous avons eu dix ans de croissance économique entre 2003 et 2013 ce que nous n’avions jamais connu en RDC. On peut se plaindre de la communauté internationale mais sa large implication a permis d’éviter la reprise des conflits et de consolider nos acquis.

Vous avez exercé des responsabilités pendant la période de transition de 2003 à 2007. Comment voyez-vous la nouvelle période de transition qui se profile ?

Je crains que Kabila laisse la RDC dans le même état que là où il l’a trouvée. Son appétit de pouvoir est tel qu’il est prêt à sacrifier tous les acquis pour se maintenir au pouvoir. A nous maintenant de mettre en valeur notre expérience démocratique pour organiser des élections exemplaires.

 

Comment parviendrez-vous à garantir la fiabilité du fichier électoral ?

L’accord signé le 31 décembre a prévu la mise en place d’un organe de suivi appelé Comité national de suivi de l’Accord et du processus électoral. Ce « Conseil des sages » est présidé par Pierre Lumbi. C’est une instance qui peut contrôler et auditer la Commission électorale nationale indépendante. Kabila en est très mécontent puisqu’il perd la main sur l’instrument qui lui permet de contrôler le pays. Car on sait que le fichier qu’il est en train d’élaborer fait l’objet de manipulations et d’enrôlements massifs de mineurs.

 

Vous êtes le chef de l’Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC), un parti qui soutient l’opposant Moïse Katumbi. Où en est-il ?

Joseph Kabila a tout fait pour le condamner à l’exil. Nous avons mandaté les évêques pour vérifier le socle d’accusations qui pèse contre lui. Ils ont constaté qu’il s’agissait d’une mascarade. Leur rapport est transmis à Joseph Kabila à qui il a été demandé de lever les poursuites contre Moïse Katumbi, qui doit pouvoir rentrer dans son pays. En rien, il n’est concerné ni par l’affaire immobilière, ni par cette histoire de mercenaire grotesque.

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