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L'accord de la Sainte-Sylvestre: la désillusion!

Écrit par Robert Kongo, correspondant en France . Publié dans Online Dépêches

Trois mois après la signature de l’accord de la Sainte-Sylvestre, force est de constater que des négociations directes entre la majorité et l'opposition menées par les évêques catholiques de la RDC pour le partage du pouvoir se sont soldées par un cuisant échec. Un capotage qui traduit bien la médiocrité de la classe politique congolaise. La désillusion est à son comble et l'incertitude de sortie de crise gagne du terrain.

 

« C'est triste pour les Congolais! », « Une classe politique inconsciente et irresponsable ! », peut-on lire ici ou là et notamment dans les réseaux sociaux (Facebook et Tweeter). La population - à l'intérieur comme au-delà des frontières- est  exaspérée de l'insuccès de l'accord de la Sainte-Sylvestre.

Une question revient sur toutes les lèvres: comment les hommes politiques congolais, censés promouvoir le bien-être de la population, sont-ils incapables de respecter la parole donnée et d’être responsables de leurs propos ?

A l'exemple des résolutions de la Conférence nationale souveraine (CNS), les conclusions et recommandations des concertations nationales, et l'accord du 18 octobre 2016 issu du dialogue national, l'accord de la Sainte-Sylvestre n'aura servi à rien. La situation  paraît plus que jamais figée.   

Pendant que la population est réduite à végéter dans la misère au milieu de ressources naturelles considérables que regorge la RDC,  les tenants du pouvoir, majorité et opposition confondues, s'agitent sur leurs sièges au Centre interdiocésain de l’Eglise catholique pour la sauvegarde et la distribution des postes, des prébendes, mais contre l'intérêt des Congolais, grands oubliés de ces manœuvres politiciennes.          

Espoir volatilisé  

Tous les observateurs de la vie politique congolaise admettent que l’accord de la Sainte-Sylvestre est un échec. L’immense espoir qu’il a suscité auprès de la population s’est volatilisé. Une désillusion !

Edem Kodjo, ancien secrétaire général de l'OUA et ex-Premier ministre du Togo, dont on a boudé la facilitation entre la majorité et l'opposition dans cette crise, doit se frotter les mains.

Certes, la nomination du Premier ministre et la désignation du président du Conseil national de suivi de l’accord, principaux points de blocage dans les   pourparlers entre la majorité et l’opposition pour le partage du pouvoir, sont des questions importantes. Mais que valent-elles face aux enjeux et défis auxquels est confronté le pays ?

Dans l’Est de la RDC, des groupes armés continuent de tuer, de violer des civils, de recruter des enfants-soldats. Les habitants des deux provinces du Kivu continuent d’endurer de terribles souffrances. Depuis vingt-ans, il n y a eu aucun progrès en matière de droits de l’homme et de situation humanitaire.

Des foyers de tension se multiplient dans d’autres provinces du pays notamment au centre, à l’ouest et même dans le Tanganyika vers le sud. Des tués se comptent par milliers et des autochtones fuient leurs terres.

N’est-il pas grand temps de mettre un terme à ces actes de violence et à cette barbarie abjecte ? Que fait la classe politique ? Et que fait la Monusco dont le rôle est la stabilisation de la RDC ? Que fait cette mission de l'ONU pour aider les Congolais à endiguer la terreur qui s’installe dans leur pays ? A quel jeu joue-t-elle ?

Ayant constaté avec amertume l'échec de la mission de bons offices qu'ils ont menée - mettre autour d’une même table les acteurs politiques et sociaux pour trouver la solution au problème relatif à l’organisation des élections-, l’Abbé N’Shole, Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), renvoie la balle dans le camp du président Kabila, de la classe politique, mais aussi de la population, victime de l’inconscience et de l’irresponsabilité de ses représentants et gouvernants.

Cette initiative n'est-elle pas un obstacle à un dénouement heureux de cette crise quand on connait la turpitude du personnel politique congolais ?

De toute évidence, dès lors que toutes les institutions de la République sont illégitimes,  la mise en œuvre sans délai et de bonne foi de l’accord de la Saint-Sylvestre s'impose et devient une urgence. Elle évitera au pays le chaos. Seul un patriotisme sans faille et une réelle volonté politique garantiront un Etat de droit, la stabilité et l’indivisibilité du pays.

L'intérêt national d'abord

La classe politique congolaise peut juguler cette crise. Pour l'intérêt de tous et celui des générations futures. Les paroles et les actes des hommes politiques doivent avoir un sens. Et l'éthique politique voudrait que l'homme ou le responsable politique place l'intérêt du pays au-dessus de toute autre considération. 

Il faudrait être sourd ou aveugle pour ne pas se rendre compte de la lassitude, des frustrations, parfois des peurs et même de la colère qui habitent une part importante des Congolais, et qui expriment ainsi des attentes et de profonds désirs de changements. Il faudrait être indifférent et insensible  pour ne pas être touché par les situations de précarité sur le territoire national.

Des ambitions personnelles démesurées, des manœuvres et calculs électoraux, des paroles non tenues, le sentiment d’une classe politique coupée des réalités, l’absence de projet ou de vision à long terme, des comportements claniques ou tribaux, partisans et démagogiques…sont injustifiables et sont devenus insupportables.

Ainsi, dans cette situation, les valeurs républicaines de « liberté et démocratie », souvent brandies de manière incantatoire, semblent sonner creux pour les Congolais avides d’un changement qualitatif de leur destinée.

 

 

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