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RDC: la mort de Tshisekedi facilite la remise en cause progressive de l'accord de la CENCO

Écrit par Robert Kongo, correspondant en France. Publié dans Online Dépêches

La mort d'Etienne Tshisekedi est un coup dur pour l'opposition en RDC. Elle vient faciliter la remise en cause progressive de l'Accord de la Sainte Sylvestre par la majorité présidentielle qui multiplie les obstacles pour empêcher la mise en application du compromis politique obtenu sous la médiation des évêques catholiques.

Une tâche redoutable pour l'opposition. La mort d'Etienne Tshisekedi augure mal d'une mise en œuvre rapide de l'accord signé péniblement le 31 décembre 2016 en vue d'une présidentielle avant la fin de l'année. 

La majorité présidentielle, qui avait accepté de reconnaitre le statut de président du Conseil national de suivi de l'accord (CNSA) à Etienne Tshisekedi intuitu personae, pourrait être tentée d'exiger un rééquilibrage qui remettra en cause l'ensemble de l'accord. Ce décès arrive - malheureusement - au plus mauvais moment pour la mise en place de la nouvelle transition.

Il va falloir se mettre d'accord sur une nouvelle personnalité d'opposition -à la tête du CNSA- alors même qu'il y 'avait déjà un désaccord sur la nomination du Premier ministre, poste brigué par le propre fils de Tshisekedi, Félix Tshilombo.

Cela va donc relancer les négociations entre la majorité présidentielle et l'opposition et permettre de perdre encore du temps. Les élections en décembre 2017, dont le calendrier n'était déjà pas très réaliste, sont de plus en plus compromises.

Trahison

Pour l'heure, toutes les familles politiques congolaises semblent respecter une sorte de trêve en mémoire d'Etienne Tshisekedi, qualifié, même du côté du pouvoir de « père de la démocratie congolaise » pour son rôle lors de l'ouverture démocratique du début de la décennie 1990.

Mais passées les funérailles, la politique devrait reprendre ses droits, ou plutôt ses habitudes.

Jusqu'à présent, les discussions ont surtout porté sur le « partage du gâteau », selon l'expression congolaise consacrée: la distribution des portefeuilles plus que la façon d'organiser concrètement les élections dans le temps convenu avec un budget national mis à mal par la baisse des matières premières.

Pendant ce temps, à Kinshasa, mégalopole de 10 millions d'habitants, et dans d'autres villes du pays, la grogne s'installe dans une population largement miséreuse qui voit ses piètres conditions de vie se détériorer chaque jour avec la dépréciation du franc congolais qui engendre une forte inflation.

Le ressentiment s'installe face à tout ce qui ressemble à un corps constitué : pouvoir, opposition et même l'Eglise catholique, pourtant encore auréolée de ses années de lutte contre la dictature mobutiste. Ils prétendent parler au nom de la population, mais ils ne la servent pas. Ils trahissent la démocratie.

Tshisekedi absent, comment va réagir la population? Le premier test de taille sera les obsèques du « leader maximo » : se dérouleront-elles dans le calme ? Sinon, quelle sera la réaction des forces de l'ordre ?

La bombe à retardement sociale provoquée par la détérioration de l'économie congolaise risque de déstabiliser la RDC tout autant que les troubles récurrents qui continuent d'agiter un pays travaillé par des forces centrifuges depuis son indépendance.

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