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Sans nommer l’agresseur, Kinshasa passe aux aveux

Écrit par Le Potentiel le . Publié dans A la Une

C’est devenu une tradition. A chaque fois que la RDC veut s’engager dans un processus électoral, le M23 refait surface dans les collines du Nord-Kivu. La nouvelle incursion de ces miliciens qui ont semé la désolation et la mort dans l’Est a poussé Kinshasa à parler déjà d’«une relance de la guerre par le M23 ». Sans nommer l’agresseur, le gouvernement par la bouche de Mende, est passé aux aveux en voyant dans la réapparition du M23  un « regain d’agression contre notre pays ».

Déclaré défait et complètement neutralisé en 2013, le M23 refait surface dans l’Est du pays. Les premières traces de ces rebelles ont été signalées à la frontière ougandaise, avant qu’une trentaine d’entre eux ne soient repérés à la frontière rwandaise.

Regain d’agression contre notre pays. Relance de la guerre par le M23. A force d’événements, Kinshasa a fini par rompre le silence en reconnaissant une forte présence militaire des ex-rebelles du M23 dans les collines de la province du Nord-Kivu. Le M23 est de retour. C’est la rengaine. Mais, Kinshasa a pris son temps pour passer aux aveux. Le ministre de la Défense est allé jusqu’à saisir le Mécanisme élargi de vérification conjointe de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs) pour s’en convaincre. 

Avant même que la CIRGL ne réagisse, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, a déjà eu la réponse. Il est convaincu que les ex-rebelles du M23 sont de retour pour un objectif bien connu : la relance de la guerre. Mais, derrière cette résurgence des ex-rebelles du M23 – pourtant totalement défaits selon Kinshasa –, le gouvernement y voit un « regain d’agression contre notre pays ». Kinshasa s’est arrêté là, évitant superbement d’évoquer le nom de l’agresseur.

En revanche, Lambert Mende a encensé plutôt le Rwanda pour avoir livré l’information sur la présence d’une trentaine de militaires de l’ex-M23 sur son sol. « Nous sommes reconnaissants envers le gouvernement rwandais de nous donner cette information ».

Que dire au regard d’une telle déclaration ? C’est la preuve que Kinshasa n’a aucune maîtrise de sa frontière avec le Rwanda ? C’est scandaleux. Vouant une allégeance incompréhensible à l’endroit de l’ancien agresseur, Mende est allé jusqu’à implorer Kigali à « traiter ces gens (Ndlr : les ex-M23 capturés) avec diligence comme le veut l’accord que nous avons signé ensemble dans le cadre de la CIRGL qui interdit l’agression d’un pays membre par une force étrangère ». Qui est donc ce pays membre qui serait derrière l’agression dont fait état le porte-parole du gouvernement congolais ? Est-ce le Rwanda ou l’Ouganda ? Mende entretient le flou.

Un feuilleton à rebondissements

En réalité, Kinshasa ne veut pas faire la lumière sur ce nouveau feuilleton autour des ex-rebelles du M23. L’on se rappelle que, concernant la résurgence des ex-rebelles du M23, les premiers éléments d’informations sont partis de l’Ouganda. C’est par un tweet du gouverneur du Nord-Kivu que l’opinion a été alertée sur un mouvement des troupes, identifiées comme des ex-rebelles M23 à la frontière avec l’Ouganda.

Et lorsque Kinshasa a haussé le ton en fustigeant une main ougandaise derrière les faits rapportés par Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu, la réaction de Kampala n’a pas tardé. C’est le ministre ougandais des Affaires étrangères, Henry Okello Oryem, qui avait vivement riposté estimant que « Le fait que l'Ouganda armerait ou autoriserait les rebelles du M23 à se baser ici (en Ouganda) pour déstabiliser la RDC est le fruit de leur imagination. Pourquoi l'Ouganda devrait armer les rebelles du M23 ? »

Coup de théâtre ! 48 heures après les déclarations du chef de la diplomatie ougandaise, c’était le tour du porte-parole du gouvernement ougandais, Ofwono Opondo, de reconnaître à travers un communiqué que certains ex-rebelles « ont furtivement quitté » la base, et que « le lieu où ils se trouvent actuellement est inconnu ». Il poursuivait en indiquant que « la nuit passée (Ndlr : le 18 janvier 2016), la sécurité ougandaise a intercepté quatre véhicules à Mbarara transportant 101 anciens combattants du M23 en chemin vers la République démocratique du Congo (…). Ces 101 (anciens combattants, Ndlr) suivaient un autre groupe de 40 dont nous avons découvert qu'ils s'étaient échappés il y a sept jours ».

Que Kampala ait pu identifier les ex-rebelles M23 jusqu’à en donner le nombre exact, soit 101, il y a bel et bien anguille sous roche. La vérité est têtue.  Les circonlocutions ne suffisent pas pour éluder une évidence! De surprise en étonnement, c’est de Kigali qu’est venue tout récemment l’information qui confirme le mouvement belliciste des troupes du M23. Et dire Kinshasa s’en est félicité !

Dans un communiqué repris par AFP, l'armée rwandaise a dit avoir accueilli sur son sol trente combattants de l'ex-mouvement rebelle congolais M23 fuyant, selon Kigali, une offensive des Forces armées de la RDC.

Au-delà de l’ex-M23

Derrière la recrudescence de l’ex-M23, la succession des faits donne du tournis. Tout est parti de l’Ouganda, avant que le Rwanda ne se signale sur ce terrain. La coïncidence n’est pas fortuite. Des experts de la région des Grands Lacs sont formels sur un point. Ils pensent qu’au-delà du M23, c’est un plan de sabotage du processus électoral qui se met en place.

Comment ne pas s’en convaincre lorsque Lambert Mende - toujours le même – justifie le refus du chef de l’Etat de recevoir dernièrement les évêques de la Cenco par l’insécurité entretenue par l’ex-M23 dans la partie Est de la RDC. « Il se passe des choses très graves à l’Est. Nous y avons perdu deux hélicoptères dont nous recherchons jusqu’à présent d’éventuels survivants. Il y a aussi une relance de la guerre par les M23. Donc, toutes ces préoccupations de sécurité occupent le président de la République qui est le commandant en chef des forces armées », a dit sans broncher le porte-parole du gouvernement. 

Qu’est-ce à dire : le chef de l’Etat aurait mis une croix sur les discussions directes du Centre interdiocésain ? Seule la suite des événements le confirmera. Toutefois, selon toute vraisemblance, les pourparlers menés par la Cenco ne sont plus une priorité pour la majorité au pouvoir.

Sinon, Mende n’aurait pas pris tout son temps de jeter autant de fleurs à Kigali qui a intercepté les ex-M23 fuyant la guerre en RDC, sans s’interroger sur l’implication de Kigali.

Une fois de plus, Kinshasa serait tenté de se servir de la nouvelle incursion du M23 comme fonds de commerce pour zapper les discussions du Centre interdiocésain au moment où des délégués tentent de baliser la voie pour des élections à fin décembre 2017.

Encadré

Le silence pesant de la MONUSCO

La Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO) a été la grande muette depuis le « regain d’agression », selon les propres termes du porte-parole du gouvernement congolais, constaté depuis la semaine passée par Kinshasa contre la République démocratique du Congo. Depuis le vendredi 27 janvier dernier, la MONUSCO garde un silence pesant tant sur le « crash » de deux hélicoptères de combat des Forces armées de la RDC dans le territoire de Rushuru, au Nord-Kivu, que sur la présence des ex-rebelles du M23 localisés dans cette province.

Pourtant, chaque jour qui passe apporte son lot de nouvelles sur la présence du M23 sur le sol congolais. Kinshasa a reconnu la présence de ces miliciens sur son territoire depuis le 15 janvier. Après mout tergiversations, Kampala a reconnu que des éléments M23 se sont effectivement échappés du camp où ils étaient cantonnés. Kigali a apporté de l’eau au moulin de Kinshasa en affirmant que des personnes se réclamant du M23 ont traversé la frontière et elles ont été interceptées par les services d’immigration rwandaise. Elles seraient estimées à une centaine à ce jour.

En dépit de toutes ces informations, la MONUSCO semble de marbre et n’est pas encore revenue sur sa position datée du mercredi 25 janvier dernier.  Certes, le gouvernement est « le responsable au premier chef de la sécurité » sur l’ensemble du territoire national. Cependant, la  MONUSCO a reçu mission d’assister le gouvernement dans cette tâche qui consiste à « asseoir la paix et la stabilité » dans le pays. C’est d’ailleurs sur la base de cette mission qu’elle a toujours réclamé une coopération militaire avec les FARDC dans la traque des FDLR, ADF et autres forces négatives qui écument la partie Est du pays.

Alors, d’où vient que la MONUSCO entretienne un flou sur la réapparition du M23 ? Pourquoi ses drones de la MONUSCO n’ont-ils pas été mis à contribution dans le repérage de ces forces négatives signalées dans la zone comprise entre Karisimbi et Mikeno ? Des questions sans réponses. Il est surprenant que la MONUSCO, avec ses moyens militaires et autres, ne soit pas en mesure de confirmer ou infirmer la nouvelle incursion du M23. Cela deux semaines après l’alerte donnée par le gouverneur du Nord-Kivu. Il est temps que la mission onusienne cesse de jouer au spectateur. Son silence est pesant.

LP.

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