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Les ONGDH dénoncent la recrudescence des violations des droits de l'Homme

Écrit par Donatien Ngandu Mupompa. Publié dans Faits divers

Les organisations non gouvernementales de défense des droits de l'Homme sont très préoccupées par la situation relative à la manifestation du 19 décembre 2016 et aux comportements des forces de l'ordre et de sécurité de la République démocratique du Congo.

Au cours d’une une conférence de presse, les organisations non gouvernementales de défense des droits de l'Homme de la République démocratique du Congo (ONGDH/RDC) ont déclaré être très préoccupées par la recrudescence des graves violations de droits de l'Homme lors des manifestations populaires organisées sur le territoire national. C’est ainsi qu’elles se sont réunies à Kinshasa en vue d'évaluer la manifestation populaire des 19, 20 et 21 décembre 2016, ainsi que son cortège des violations des droits de l'Homme à travers le pays.

Elles notent que face au doute qui persistait dans l'opinion quant à la fin du mandat présidentiel et faisant référence aux déclarations diverses faites par les membres de «la Majorité Présidentielle» et aux manœuvres dilatoires du gouvernement ainsi que de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), celles de retarder intentionnellement l’élection présidentielle sans respect des dispositions constitutionnelles, le peuple congolais avait difficile de croire à la bonne foi et attendait voir jusqu'au 19 décembre 2016 pour ne pas aller à l'encontre de l'article 64 de la Constitution à son alinéa 2 ; en même temps, pour appliquer l'alinéa 1 du même articlequi stipule: « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individusqui prend le pouvoir par la force ou qui l'exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l'Etat. Elle est punie conformément à la loi. »

C'estdans cet esprit de protéger la Constitutionque la population de l'ensemble du pays, prise par l'esprit démocratique, a manifesté pacifiquement le 19 décembre à minuit par des sifflets et autres instruments des musiques pour sonner la fin du mandat constitutionnel de l'actuel Président de la République.

Malheureusement, contre toute attente, 48 heures avant, les autorités de la république ont mobilisé un important dispositif policier et militaire,
parfois exagéré, pour riposter à cette manifestation pacifique en tirant en l'air et à bout portant sur la population, causant mort d'hommes. Des actes d'intimidation, des menaces, des enlèvements, des arrestations et passage à tabac en désordre, ainsi que des extorsions des biens aux paisibles citoyens (téléphones, chaises en plastique, ordinateur, radio, argent, cartons des bières CUCA, etc.) ont été enregistrés.

Outre ces actes ignobles, les ONGDH ont constaté une perturbation des réseaux sociaux et la coupure injustifiée des signaux de certaines chaines de radio et de télévision proches de l'opposition : cas du Canal Congo Télévision (CCTV) et de la Radio Liberté Kinshasa (RALIK).

Actes visiblement prémédités

Vu l'inertie de l'actuel président de la République de ne pas se prononcer clairement sur la fin de son dernier mandat;

Constatant la violation intentionnelle de ne pas organiser l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel et tenant compte de l'aspiration du peuple congolais d'exiger le respect de la Constitution et face aux réactions brutales des forces de l'ordre et de sécurité de l'Etat congolais, les ONGDH de la RDC procèdent aux observations suivantes : conformément à l'article 3 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et l'article 16 de la Constitution, la vie humaine est sacrée. Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude pour ôter la vie à quelqu'un en vue de satisfaire ses intérêts égoïstes.

Devant un peuple meurtri et sans armes, la communauté internationale (ONU, UE, USA, etc.) ne doit qu'agir vite ; si l'actuel président de la République s'était prononcé clairement qu'il respectera la Constitution et ne briguera pas un troisième mandat, le climat politique serait apaisé et le peuple ne serait pas tenté de résister en se conformant à l'article 64 de la Constitution, alinéa 1 et qu'il ne pouvait pas y avoir des actes arbitraires enregistrés dans le chef de ceux qui tiennent le pouvoir (intimidations, menaces, enlèvements, arrestations et détentions arbitraires, tortures et traitements inhumains, exécutions sommaires; etc.);

L'acte posé par les forces de l'ordre et de sécurité était visiblement prémédité vu les annonces et déclarations faites par les partisans de la Majorité présidentielle, certaines autorités politico-administratives, relayées par le communiqué du porte-parole de la Police nationale congolaise et par les menaces du commandant de la Police/ville de Kinshasa. Leurs promesses ont été concrétisées : empêcher le peuple de manifester sa joie ou son mécontentement, procéder aux arrestations et ôter la vie à quelques manifestants. Effectivement, il y a eu usage excessif de la force par la police et l'armée pendant et après l'opération.

Certains soldats et commandants de troupes ont exhibé quelques pas de danse « Kindobika » et ont scandé des chants de victoire. Ce comportement devant un peuple sans armes doit être condamné par la communauté internationale.

Malgré les différentes formations offertes par la communauté internationale à la Police nationale congolaise, aux Forces armées de la RDC et aux services de sécurité, ces derniers ne parviennent pas à respecter les droits de l'Homme, à se démarquer des politiques et à être au service de l'Etat Ils se montrent au service des partis politiques au pouvoir. Ils sont disposés d'encadrer les manifestations organisées par les partis politiques de la Majorité présidentielle et contre celles organisées par la Société civile ainsi que lespartis politiques de l'opposition.

Aujourd'hui, tous les membres des mouvements citoyens sont dans le collimateur de ces services en vue de satisfaire certaines ambitions politiques et égoïstes. Allusion faite aux mouvements pacifiques tels que: LUCHA, FILIMBI, COMPTE A REBOURS, EKOKI et tant d'autres. La communauté internationale doit protéger un peuple impuissant et maltraité par ses dirigeants étatiques.

En République démocratique du Congo, il devient difficile de faire une distinction entre le rôle de la Police et celui des troupes combattantes. Les manifestations publiques telles que reconnues par la Constitution en ses articles 22, 23, 24, 25 et 26, au lieu qu'elles soient encadrées par la Police, l'on voit toujours les troupes combattantes les réprimer, parfois camouflées en tenue de la police pour tromper la vigilance de la communauté internationale.

 

Les violations des droits de l'homme en République démocratique du Congo se commettent en toute impunité parce que cautionnées pour des intérêts politiques et égoïstes, vu aussi que les sanctions prises par la communauté internationale contre leurs auteurs sont encore inefficaces. La communauté internationale doit aller plus loin en initiant des mandats d'arrêt internationaux contre ceux qui massacrent tout un peuple en foulant aux pieds les lois internes et internationales.