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Cinq questions à Alpha Condé (*)

Écrit par LP le . Publié dans 5 Questions à...

Le scrutin sera-t-il réellement démocratique et transparent pendant que vos adversaires redoutent ce qu’ils appellent « un hold-up électoral » ?

Oui, le scrutin sera réellement démocratique et transparent. Nous avons satisfait à toutes les demandes de l’opposition en ce sens et même au-delà, malgré les réticences de ma propre majorité. Délégations spéciales, fichier électoral, composition de la commission électorale indépendante : tout le processus a été assaini. J’ai suffisamment été victime de fraudes quand j’étais opposant pour ne pas le tolérer aujourd’hui. La communauté internationale, par la voix de ses représentants en Guinée, l’a reconnu dans une déclaration commune : il n’y a plus de problèmes ni d’obstacles pour la présidentielle. Soyons sérieux. Si hold-up il va y avoir, ce sera donc avec la complicité de Gemalto, l’opérateur choisi par consensus, mais aussi de l’Organisation internationale de la francophonie, qui est présente depuis le début du processus, et des observateurs de l’Union européenne, en Guinée depuis un mois ! Ce sont-là des outrances de campagne. Ce qui est sûr, par contre, c’est que je n’accepterai pas le désordre, la pagaille, la prise d’otage du pays, ni que l’on jette des enfants dans la rue. Il n’y aura aucun hold-up, d’où qu’il vienne.

2. Ne peut-on pas dire que vous contrôlez toujours la Commission électorale nationale indépendante (CENI), via son président, Bakary Fofana, qui est l’un de vos proches et, par ailleurs, comment justifiez-vous la disproportion de moyens financiers entre vous et vos concurrents ?

Bakary Fofana n’a jamais été l’un de mes proches. Quant à la Ceni, vous connaissez ma position. Si elle est ce qu’elle est – c’est-à-dire politique – ce n’est pas de mon fait. Je la voulais technique, composée de spécialistes et d’experts électoraux. Mes adversaires s’y sont opposés. J’ai cédé. Qu’ils assument leur choix ! Par ailleurs, quant à la disproportion de moyens financiers,  quelle disproportion ? Je suis président et, parmi mes obligations, il y a celle de visiter toutes les préfectures du pays, ce que personne n’a fait avant moi. J’en ai visité 120 en cinq ans. Je le fais en tant que chef de l’Etat, et je ne vais pas m’arrêter de gérer le pays parce qu’une élection est en vue ! Lorsque je rencontre les gens, ce n’est pas pour leur dire : « Votez pour moi », c’est pour les écouter et tenter de résoudre leurs problèmes. Ne confondez pas tout.

3. Tout de même : au cours de ces tournées, vous distribuez de l’argent. 50 millions de francs guinéens [environ 6 000 euros] pour les femmes, 50 pour les jeunes, 50 autres pour les paysans, etc. Ce n’est pas de l’achat de voix, ça ?

Donc, si je vous suis bien, je devrais, ainsi que mon gouvernement, cesser toute aide aux populations démunies en période préélectorale ? Cela n’a pas de sens. Cet argent, c’est pour l’autonomisation des jeunes, des femmes, etc. Ce n’est pas pour acheter leurs voix, qu’ils donneront à qui bon leur semble. Exemple : je suis allé visiter la sous-préfecture de Dalein, d’où est originaire Cellou Dalein Diallo. Bien que ce dernier ait passé une décennie au gouvernement, en tant que ministre et Premier ministre, il n’y a rien à Dalein, ni marché ni maison de jeunes, encore moins villa, rien. Il faudrait, donc, que je laisse Dalein croupir sous prétexte qu’il y a une élection ? Non. Je suis responsable de ce pays, qui m’a élu.

4. Vos partisans ont un slogan : « Un coup KO. » Gagner au premier tour, c’est votre objectif ?

Evidemment, comme tout candidat. D’autant que mon bilan est là, qui parle pour moi. Malgré Ebola, qui nous a bloqués et isolés pendant deux ans, la Guinée a atteint le point d’achèvement de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE). Le grand barrage de Kaléta a été construit, l’administration modernisée, l’armée réformée. Nous avons imposé l’unicité de caisse de l’Etat, mis en place le Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) et le statut des magistrats. Et, désormais, la Guinée existe de nouveau sur la scène régionale et internationale, après un demi-siècle d’absence (…).

5. Quelles erreurs avez-vous commises pendant votre quinquennat ?

Nous en avons commis, bien sûr, mais nous les avons identifiées afin de les réparer. Pour l’électricité, par exemple, il aurait fallu, dès le départ, mettre l’accent sur la distribution et laisser la production aux privés. S’agissant de la corruption, ensuite, l’unicité de caisses de l’Etat a porté un rude coup à ce fléau, mais il y avait des failles dans lesquelles se sont glissés les malfrats. Quant à l’Etat lui-même, je ne me suis pas rendu compte à quel point il était inexistant, à quel point l’héritage était miné, à quel point il fallait tout refaire – armée, police, justice, administration. A tel point que, surtout, l’absence de ressources humaines compétentes était criante. De tout cela, j’ai pris depuis la mesure en demandant à des experts extérieurs comme Carlos Lopes et Dominique Strauss-Kahn de nous aider à résoudre nos problèmes de gestion et en faisant appel aux Guinéens qualifiés de la diaspora. Depuis que je suis président, aucun homme politique, aucun journaliste n’a été mis en prison (…).

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