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Cinq questions à Christian Kasereka

Écrit par ONG Vision du Monde . Publié dans 5 Questions à...


1.    Comment se déroule le projet de l’ONG Vision du Monde ?
Le projet se déroule comme nous l’avions prévu. Nous arrivons à respecter le plan d’exécution que nous avions mis en place à son lancement, en janvier 2013.

Notre mandat humanitaire est respecté à la fois par les groupes armés et par l’armée gouvernementale. Nous n’avons eu à signaler aucun incident contre le personnel humanitaire. Nous pouvons donc poursuivre normalement nos activités dans cette zone.
 
2.    Comment aidez-vous les familles et les enfants dans le domaine de l'alimentation ?

La partie Est de la région est la plus fertile : 80% de champs y sont situés. Malheureusement, les activités agricoles restent paralysées depuis 2010 à cause des opérations militaires et des enlèvements au sein de la population. La communauté humanitaire a plaidé pour l’obtention de terrains cultivables dans la zone Ouest afin de lutter contre la crise alimentaire qui affecte la population de cette région.

Vision du Monde, en partenariat avec le personnel de santé local, a mis en place un projet offrant de nouveaux espaces de cultures et formant les bénéficiaires, principalement les familles sédentaires, aux techniques agricoles de maraichage.

3.    Concrètement, 30 personnes ont pu bénéficier de ce projet dans 5 villages. Elles ont reçu un kit et ont été formées par un agronome local du ministère de l’Agriculture. Pouvez-vous partager avec nous un témoignage d'une famille qui vous a touché ?

Mbambu est une femme de 30 ans, mère de cinq enfants. Sa famille vivait dans la région du Nord-Kivu où son mari était cultivateur. Il y a un mois, ils ont été obligés de venir s’installer dans la cité d’Oicha. Ils ont de difficultés à se procurer la nourriture, et mangent difficilement une fois par jour. Leurs trois enfants en âge d’aller à l’école n’étudient plus, faute de moyens. La famille ne peut pas non plus payer les soins médicaux quand l’un des membres tombe malade. Cette famille a besoin d’une assistance alimentaire, de soins médicaux et de médicaments, mais également d’une mise à disposition d’outils et de semences maraichères qu’elle pourra cultiver autour de cases puisqu’elle n’a pas accès aux champs.

4.    Comment évolue la situation de votre zone d’intervention au quotidien ?

 Au sein de la zone d’intervention, les groupes armés sont assez actifs, surtout entre la partie Est et la frontière avec l’Ouganda. Les populations qui vivaient dans cette zone ont dû fuir les zones de conflits et sont déplacées dans des familles d’accueil. Celles-ci n’ont plus l’accès aux champs : celles qui s’y rendent à la recherche de la nourriture sont victimes d’enlèvements (plus de 500 cas depuis 2010), de viols et de tueries. Depuis 2010, ce sont 7 000 ménages qui ont été déplacés dans cette région, selon OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU). Depuis le mois de février, 4 000 nouvelles familles ont été déplacées. La population n’a donc plus assez de vivres, ce qui augmente fortement le problème de la malnutrition, surtout chez les enfants de moins de cinq ans.

Les besoins sont énormes car les fonds humanitaires manquent pour couvrir les dépenses nécessaires pour tous les territoires. Nous avons grandement besoin de sources de financement pour pouvoir répondre rapidement aux besoins des familles situées dans les zones d’urgence, qui dépendent de l'aide humanitaire.

5.    Les familles ont encore d’autres besoins dans cette région ?

La situation dans la zone d’Oicha demeure préoccupante et nécessite une attention particulière. Il y a encore beaucoup d’insécurité, et, malheureusement, le gouvernement ne donne aucune réponse à la population qui se sent de plus en plus abandonnée.

Cette insécurité force les familles à abandonner leurs champs qui constituent, pourtant, la source de revenus principale pour 90% de la population. A cause de cette situation, les enfants quittent l’école, les parents sont de moins en moins capables de subvenir aux frais médicaux et alimentaires, ce qui ne fait qu’accroître le taux de malnutrition.


C’est pourquoi, il est essentiel de continuer à soutenir l’ensemble des projets afin de développer des actions humanitaires qui permettront un retour à la paix durable, mais aussi de secourir près de 50 000 vies humaines, qui sont aujourd’hui en danger dans cette partie du pays.


Coordinateur du projet de l’ONG Vision du Monde en RDC

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